L’IMPOSSIBILITÉ D’UNE ÎLE (PART THREE)

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : si Fraser est connue pour sa beauté cliché (plages de sable blanc, eaux turquoises et cocotiers à gogo), elle l’est davantage pour ses eaux infestées de grands requins blancs mangeurs d’hommes, de femmes, de vacanciers et d’enfants… La baignade y est donc sérieusement déconseillée. Tout comme s’aventurer dehors après la tombée de la nuit sous peine de se faire dévorer par les dingos (chien sauvage local qui bouffe du touriste depuis qu’il y a goûté et a trouvé ça drôlement bon). Mais un danger plus grand encore me guettait. Moi, innocent, j’étais super content d’être dans un petit groupe de neuf personnes pour avoir enfin l’occasion de me faire de nouveaux copains ;-) C’était sans compter sur l’aide de Francine, plus sociale que jamais.

Bizarrement, les trois jours passèrent très vite. Cameron énervait Francine qui énervait tout le groupe qui énervait dix milles paires d’yeux affamés et aiguisés toutes dissimulées dans les broussailles, sylves et marais. Nous longions tout ça sans trop nous inquiéter en écoutant Les Rolling Stones et Les Bee Gees de l’iPod de notre guide préféré. Les mauvaises langues diront que les rencontres animalières furent plus riches - mais non pas moins passionnées - que les relations humaines au sein du groupe. Effectivement, nous avons vu deux requins et demi, une raie de loin et une de très près, sept ou huit tortues sous tous les angles, un thon de la taille d’un veau, des poissons dont je ne connais pas le nom, plein d’oiseaux où la encore je n’ai pas leurs petits noms car Cameron dormait ou trifouillait ses panaris aux pieds. N’oublions pas les deux dingos dont un à un mètre au lac Mc Kenzie ! Alors qu’il allait me manger tout cru, et que je ne bougeais plus, il a eu peur de la proactivité de Francine qui s’agitait dans tous les sens pour trouver des secours, un  body bag et le kit de survie. Mais ça ce n’était rien à côté de ce qui m’attendait le lendemain soir. Lors d’une balade nocturne de tous les dangers j’ai marché sur un crapaud énorme (un King toad pour les proches). Quand on m’a demandé si je l’avais touché je ne savais pas quelle était la bonne réponse. Ne sachant pas si la guide (pour l’occasion on avait changé de guide) s’inquiétait pour moi ou pour le crapaud, je n’osais pas trop dire que ça avait fait un SPRRROUFFFT épouvantable. Mais Francine et Jonas me vendirent rapidement. Contre toute attente, j’eus la chance de passer pour un héros car cette bête est un véritable fléau. Le plus fou fou c’est qu’elle peut être placée au congélateur trois jours et quand tu la ressors elle revient à la vie ! Ça me donne des idées mais je vous en parlerai un autre jour sinon on va se perdre. Et donc oui niveau bêtes c’était terrible ! J’ai oublié la baignade dans le cours d’eau où il y avait plus de têtards que d’eau. Et celle où ça grouillait de poissonnaille entre mes doigts de pieds qui d’ailleurs - je ne sais pas par quel miracle - sont toujours là.

Du côté de nos amis les êtres humains. C’était un peu plus dur pour établir un contact. Pourtant, on n’a pas chaumé. Nous n’avons pas arrêté de sauver des vies pendant tout notre séjour. Ça a commencé modestement par un couple et leur 4×4 enlisés dans le sable jusqu’au toit et au bord du divorce. Ça s’est fini par un bus tout terrain de 30 personnes dont La Frange* sur une plage abandonnée, coquillages et crustacées. Et je ne parle pas non plus de Cameron à surveiller. Avec ses petits yeux d’opossum battu j’avais toujours peur qu’il se jette du haut des ravins qu’il nous montrait. C’est dingue comment jouer les Saint-Bernard peut vous occuper. Mais le meilleur, le clou du spectacle, l’apothéose de nos sauvetages en série, c’était quand même les deux évadés de Bonneval. Complètement frapadingos et perdus dans la jungle, ils ont déboulé sur la piste, sous nos roues, les bras en l’air, les yeux exorbités de bonheur. Ils avaient l’air d’appartenir à une secte de joyeux tarés avec des globes occulaires de fish and chips en libre circulation et déconnectés entre eux et du cerveau. Pas beau à voir. La fille nous raconta, transportée par des spasmes d’euphorie et d’hilarité qui foutaient les boules, qu’ils étaient partis se balader hors des sentiers battus en tongues, comme ça, sans eau, sans guide, sans chapeau ni deux sous de jugeote en dessous. Ça faisait bien six heures qu’ils tournaient en rond. Mais ça n’avait pas l’air de les avoir paniqué plus que ça, bien au contraire. Et là dans un éclat de rire incontrôlé, ils nous dirent en fait que ça ce n’était rien. Lors de leurs dernières vacances dans le nord du pays ils avaient trouvé le moyen de se baigner dans une réserve à crocodiles interdite au public. Les 18 yeux de notre groupe se firent encore plus grands et gros que les leurs. Secrètement chacun se dit de ne pas oublier de prier pour eux le soir même. Que d’avoir l’air aussi débile ce n’est pas possible (c’est nul je n’ai pas pensé prendre une photo). Qu’il était beau et uni notre groupe après avoir déposé puis critiqué à mort nos deux pharmakos ! Note pour plus tard : relire Fichte, penser à acheter du jus d’orange, des coton-tiges, recharger mon téléphone, finir pour de bon mon CV, acheter un stylo à bille, de l’aloe vera… Il n’y a pas à tortiller du bouchon je ne sais pas comment terminer ce récit… ALORS STOP ! TERMINÉ ! À DEMAIN ;-)

* : Surnom donné à une espagnole dont Cameron était amoureux mais qui appartenait à un autre groupe que le notre. Alors on le suivait en 4X4. Si j’avais encore plus d’imagination je raconterais comment on a saboté leur bus pour mieux les sauver et la partie de mimes la plus nulle de toute l’histoire du mime. La Frange était assez surprenante dans sa manière de s’habiller en forêt humide et semblait autant à sa place sur Fraser et dans ce bus qu’un parapluie sur une table d’opération. Que dire d’autre ? Si ! Pauvre Cameron, sa Dulcinée du Toboso ne fut pas très reconnaissante. Le soir où on lui avait sauvé la vie, elle fit de l’oeil à Jonas au chariot à couverts et à moi ensuite dans cet endroit si chaud et romantique du self-service entre les fettucini et les spaghetti. C’est pour ça que je croyais qu’elle était italienne en fait, maintenant que j’y pense ! C’est fou comment tout se recoupe toujours.

One Response to “L’IMPOSSIBILITÉ D’UNE ÎLE (PART THREE)”

  1. Rosalie Says:

    Et tout ça, sans faire ton JPG! :-)

Leave a Reply