L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART TWO)

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « J’errerais comme une âme en peine dans les couloirs du bateau pour vérifier que je n’avais pas oublié de photographier un millimètre carré quelque part… Quand je ne sais plus trop pourquoi, avec l’à-propos d’un oursin ou d’une sole meunière, je me suis dit (ou est-ce mon Carolus miniature qui me l’a soufflé du haut de mon épaule gauche) que ce serait bigrement chouette de ramener un souvenir.»

Je vois déjà le visage de Jean-Baptiste s’éclairer à la lecture de ces phrases. Lui qui avait très tôt diagnostiqué chez moi un matérialisme investissemental maladif, s’était étonné de l’usage que je faisais jadis d’un album photo mural Habitat en pastique transparent. Comme un serial killer fou de coléoptères et de formole, j’y épinglais, dans les cases déjà remplies de souvenirs et d’objets, tous mes amis et autres. Après un débat animé sur le matérialisme sentimental à ma manière et la transcendance de l’apparition subjective des choses dans ma cuisine, que pour des besoins pédagogiques embrouillants nous rattacherons à la catégorie des participations phénoménologiques mongissiennes, j’en vins à la conclusion que j’avais encore du boulot dans mes imitations de mon maître Sophie Calle. Le plus drôle c’est que j’ai fait un tour il y a quelques jours à la NGV et je suis tombé sur l’œuvre d’un artiste qui avait voulu à peu près faire la même chose que moi avec un voile d’ignorance en soie par-dessus. On ne peut pas penser à tout non plus ! Et si j’avais mis un drap sur mon patchwork amical on m’aurait enfermé à coup sûr. Bref, embarqué dans des considérations similaires je ne me rendis pas tout de suite compte que j’étais arrivé au niveau de la salle des machines. L’idée de rapporter un écrou, un boulon ou une clé de 12 me passa bien évidemment par la tête. Et celle de couler le navire dans un choix malheureux, aussitôt après. Jugeant l’entreprise trop dangereuse en tout point de sa réalisation et n’ayant pas trop envie d’essayer pour de vrai ma combinaison de survie qui me faisant tant rire pendant les exercices, je classai bien vite cette idée dans le caisson « Arrête Nicolas t’es complètement débile » et continuait mon chemin… Je tiens à préciser qu’après six semaines en mer on a pas mal tendance à se parler tout seul à soi-même. Pire qu’à L’Atelier ;-)

L’égosillement des petits chanteurs à la croix de bois un 24 décembre à Poughkeepsie (enregistrement pirate) m’avertit que j’arrivais aux cambuses. Comme toujours quand je n’ai rien à faire de mes dix doigts, mon estomac me proposa d’aller faire une descente dans le frigo. Là, John qui en fin de compte avait l’air d’errer autant que moi, me proposa a cup of tea et de descendre le nouveau pot de Nutella pour s’occuper. C’est là que m’apparut l’objet du délit, le corps du crime, le saint Graal réinventé : un mug frappé du drapeau de la compagnie, de l’emblème du cargo, et qui comme le verre de lait de je ne sais plus trop quel film de Hitchcock rayonnait soudain et m’appelait de sa voix suave: Niiicooolaaas, Niiicooolaaas, Niiicooolaaas (ça me rappelle une histoire que mon cousin m’a raconté la première fois que j’ai campé mais la voix elle disait Geeeooorrrgggeees, mais c’est une autre histoire sans aucun rapport). A cet instant du récit, tous les mugs, bols, tasses de ma vie défilèrent devant moi et dans un ordre et une logique implacable. Je me retrouvais tel Aladin et la lampe magique ou Darwin découvrant le concept d’évolution.

TO BE CONTINUED !

P.S. : Ça y est je suis au bout du monde ! Je suis arrivé à Perth hier ;-)

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