L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART THREE)
PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « C’est là que m’apparut l’objet du délit, le corps du crime, le saint Graal réinventé : un mug frappé du drapeau de la compagnie, de l’emblème du cargo, et qui comme le verre de lait de je ne sais plus trop quel film de Hitchcock rayonnait soudain et m’appelait de sa voix suave: Niiicooolaaas, Niiicooolaaas, Niiicooolaaas (ça me rappelle une histoire que mon cousin m’a raconté la première fois que j’ai campé mais la voix elle disait Geeeooorrrgggeees, mais c’est une autre histoire sans aucun rapport). A cet instant du récit, tous les mugs, bols, tasses de ma vie défilèrent devant moi et dans un ordre et une logique implacable. Je me retrouvais tel Aladin et la lampe magique ou Darwin découvrant le concept d’évolution. »
Ce mug représentait l’aboutissement de tout un travail souterrain, le maillon manquant de mon histoire en route, la réalisation de toute une vie de 30 ans. Dans ma préhistoire, toute personnelle mais universellement partagée ici, il y a au commencement la traditionnelle timbale d’argent de mon baptême à la Alain Souchon. Mais au plus loin où ma mémoire peut descendre je ne vois que cette assiette pour bébé toute bête avec un pingouin (détail important, car le pingouin va revenir plus tard) qui je crois s’appelait Nestor (tout se recoupe Lérig !). Ingénieuse en diable, cette assiette pouvait garder les aliments au chaud avec un système de réservoir que si c’était Leonardo qui l’avait inventé ça ne m’étonnerait point trop (j’arrête les private jokes !). Après réflexion je me demande si cette assiette n’était pas plutôt à un de mes petits frères en fait… Bref, juste après dans cette chaîne passionnante de récipients il y a le bol breton avec mon prénom dessus et des bigoudins dedans. Si je me souviens bien l’oreille droite était ébréchée. Une fêlure superficielle balafrait un des gars en deux. C’était ma période héroïque du café au lait au petit déjeuner, avec le beurre des tartines qui se répandait en nappe épaisse comme le pétrole à la surface des eaux arc-en-ciel du port de Balboa bidou bidou bidou woua. C’est beau d’être en pleine croissance !
Quant à nous, mon adolescence et moi, nous attendions qu’acné se passe au-dessus d’un bol à céréales blanc comme les murs dans lesquels nous avions envie de nous fondre. L’œil blasé, nous le remplissions chaque matin d’un demi-litre de lait glacial pour mieux voir périr dans des petits cris et un bain de sang chocolat des grains de riz soufflés consentants. Comme des lemmings ils se noyaient avec une résignation et une acceptation à foutre des baffes. C’était la grande époque où j’aimais bien faire brûler, fondre et roussir des choses ; seul ou accompagné. Si je me souviens bien, j’avais envie de porter un casque de moto intégral toute la journée mais pas sur mon Evolis MBK. Je rêvais de champignon atomique sur l’IND et j’avais une liste de 30 personnes à faire s’écraser en avion. Je cherchais un moyen à me faire aimer de Violaine, sans avoir à lui parler, sans avoir à la regarder et en étant plus qu’invisible et moins qu’existant (on comprend très bien en faisant des patates, si j’ai le temps je vous expliquerez ma stratégie géniale un de ces quatre). Sinon j’occupais aussi tout mon temps libre à trouver, devant ma master system puis ma mega drive, des moyens pour sécher l’Allemand et rater le bus le jeudi matin (où j’avais comme par hasard deux heures d’Allemand)…
Le lycée ne peut se résumer qu’à un seul verre …de jus d’orange en vitesse le matin avant de chevaucher mon scooter de petit merdeux pourri gâté qui se la pétait déjà RP. C’était no stress, just strass, un café à La Buvette et une pinte aux Diables rouges avant ou après les soirées Bible dans le groupe d’à côté celui de Violaine. Age d’or et insouciant de courte durée qui s’achève avec la tasse Bodum que j’ai cassée chez Jérémie après un après midi à comploter. La série Gossip gril c’est vraiment du pipi de chat à côté de ce qu’était l’Institution et une après-midi avec Mephistopathologicospsychopato Jérémie. Mais il faut croire que j’y trouvais mon compte.
Après une série de globets en plastiques et de couloirs blancs, il y eut l’ère géologique tourangelle où aucun article de mon service ménager estudiantin n’était assorti. Dans l’évier, en puissance d’être lavée, La tasse en porcelaine fine de Limoge côtoyait le mug promotionnel Volvo et trempait dans le mug orange citrouille d’Halloween le plus moche de la création. Jusqu’à ce qu’on m’offre des mugs et des bols à céréales Habitat… Et oui l’embourgeoisement des étudiants après la Licence on n’en parle jamais assez. C’est d’ailleurs de cette série que provenait mon mug du boulot… qui s’est cassé lors du déménagement à Ivry, sans doute trop choqué d’avoir à traverser le périph. Je vais passer le mug de la jungle de chez La Chaise longue et le mug Penguin (cadeau de Francine) qui n’a pas résisté plus d’une journée à l’Atelier. C’était la célèbre période de mes problèmes psychomoteurs où je cassais tout ce qui me passait entre les doigts pour ceux qui se souviennent. Et peut-être devrais-je garder tout ça pour une psychanalyse et revenir à nos moutons. Ce n’est pas facile d’établir la généalogie d’un crime, d’écrire dans un blog (mais ça doit être pire d’être astrophysicien) et de trouver des justifications à la folie. Mieux… à la tentation !
Et hop ! Il était dans ma chambre… En même temps, rien d’extraordinaire à ça. Depuis 6 semaines, chaque matin je remontais du petit-déj avec mon mug de thé chaud-bouillant et le redescendais ensuite à midi, le soir, le lendemain matin ou une semaine après. Et le problème de savoir si je pouvais l’emprunter, ou oublier de le ramener, ou le faire tomber sans m’en rendre compte dans mes bagages, et le découvrir avec le plus grand des étonnements quand j’aurais défait mes valises à Melbourne ne s’était absolument jamais posé ! En revanche à quelques heures de quitter le navire… Il me fallait une preuve matérielle, un forfait totémique de mon voyage initiatique. Dernier plan sur ma main qui va s’emparer du mugg. Black out. Voix off : Je le vole, je ne le vole pas, je le vole, je ne le vole pas, bon allez je le vole, non je peux pas, ok c’est toi qui raccroche, non c’est toi, non c’est toi, c’est toi ! c’est décidé je le vole, non je peux vraiment pas… Come on ! Biiip… Biiip… Biiiip… Générique ! Ahhh DPDH me manque des fois ;-)
TO BE CONTINUED !

décembre 11th, 2008 at 9:25
Autant de suspense, ça en devient presque insoutenable!