I THINK I’M GOING TO VOMIT (PART THREE)
PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « …Vers 0400 un bruit d’assiettes jetées contre les murs me réveille en sursaut. Je n’ai pas le temps d’ouvrir tous mes yeux que je suis violement projeté moi aussi contre le mur. C’est là que la soupe de veau bouilli de la veille (spécialité de notre cuisinier Stephan) commence a gargouiller dangereusement, de manière volcanique pas très catholique, dans un endroit de mon corps trop haut pour ne pas s’inquiéter gravement. La suite ne fut qu’une succession d’erreurs fatales : 1/ Se lever 2/ Allumer la lumière 3/ Déblayer et commencer à ranger… »
4. Prendre une douche
Pour ma défense, je tiens à dire qu’il était encore très tôt, que je n’étais pas encore très bien réveillé et que j’avais le bide à l’envers. Je me suis donc dit, un petite douche ça ne peut pas te faire de mal. Sans réfléchir j’ai ouvert le miroir de la salle d’eau qui a pu déverser tout ce qu’il contenait dans le lavabo. La bouteille d’Alodont s’est brisée. Dentifrice, rasoir, crème solaire, mouchoirs, médicaments… trempaient dans les bris de verre et les eaux profondes du célèbre bain de bouche bleu turquoise. Moussaillon que je suis maintenant, je me convaincs qu’il m’en faut plus pour me démoraliser et que se réveiller avec une bonne douche est définitivement une excellente idée. C’est bien simple, je n’ai pas réussi à me placer sous la pluie chaude est réconfortante de cette p… de douche tellement le bateau tanguait. Inutile de penser à me saisir non plus du pommeau. Innocents ! Déjà que deux mains pourtant pleine de doigts et deux bras vaillamment tendus pour retenir les murs ne suffisaient pas à se maintenir dignement debout… Je vous fais grâce du casse-tête pour s’essuyer les pieds, se rhabiller et vous épargne ma politique de grands travaux d’urgence pour endiguer l’inondation.
5. Se rendormir
Être bercé lentement par le sac et le resac de la mer ok, mais là j’avais plutôt l’impression d’être une balle de flipper ou de baby-foot un mercredi après-midi au Jean de Beauce. Et le boucan d’enfer que font la pluie, le vent et tous les objets qui se fracassent partout dans le bateau ne permettent pas de trouver la quiétude nécessaire à quelque endormissement. Epuisé par le rodéo de cette lutte physique et psychologique permanente pour rester en vie sur son matelas de la méduse (et en toute honnêteté commençant à être très nerveusement atteint) j’ai dû quand même trouver le moyen de trouver le sommeil parce que en revanche je me souviens très bien comment m’être réveillé, foudroyé par la certitude d’être malade. Je ne pense pas exagérer beaucoup en disant que j’avais le ventre comme une machine à laver en mode essorage intensif. Mon sang n’a fait qu’un tour, aussitôt sorti de ma torpeur de lavomatic de l’enfer je bondis dans la salle de bain ! Tel l’enfant Moïse et la terre promise, le petit flacon d’alcool de menthe poivrée de Bérangère flottait dans la chlorure de cétylpyridinium, l’eugénol et le chlorobutanol hémihydraté. Impossible de mettre la main en revanche sur les sucres et le Dompéridone. J’ai donc snifé à même la bouteille l’essence salvatrice. À ma grande surprise ça ne sentait pas grand chose. Voilà que je redouble donc mes efforts pour inspirer quelque chose : toujours rien ! Pire, j’avais chaud et froid en même temps et des Hurry up rouge sens interdit qui clignotaient à 200 à l’heure dans ma caisse de résonance crânienne. Dépité et décidé à trouver les médocs, je tente de refermer le bazar mais il est trop tard. Horreur, malheur et damnation ! Le grand incendie ! J’ai le nez qui prend feu… Autant vous dire que c’est hyper efficace si on considère que ça fait diversion et que pendant dix bonnes minutes vous oubliez que vous avez mal au ventre. On était loin du petit jésus rassurant qui vous descend dans le gosier en culottes de velours. J’avais les larmes aux yeux tellement ce truc est fort comme le diable.
6. Aller prendre son petit déjeuner
C’est avec le nez rouge écarlate et la certitude qu’il avait triplé de volume, l’œil dévitalisé cerné de la couleur de mon matin blanc, le teint empruntant ses plus belles nuances à un camaïeu jaune-vert crapaud moribond que j’ai tenté une sortie de mes apparentements inondés et saccagés… Avant de comprendre que tel Spiderman je devais sans complexe marcher sur les murs, je me suis ridiculisé en essayant de ramper, marcher à quatre pattes et descendre les escaliers sur les fesses. Ma surprise fut de taille quand j’ai poussé la porte du mess et ai réalisé que l’état de ma cabine n’était rien à côté du carnage qui régnait là. On se serait cru à une partie géante de un, deux, trois soleil ! Une bonne centaine de participants motivés : chaises, couverts, yaourts, pain, pots de miel, mayonnaise et confiture. Le tout rythmé par la porte du réfrigérateur qui battait avec entrain la mesure de la chute des mugs et tasses à café du grand buffet. Je retrouvais John abrité sous la table et qui attendait une accalmie pour tenter une sortie.
7. La septième erreur, il est encore trop tôt pour en parler ;-)
DEVAIENT SUIVRE :
LE JOUR OÙ JE N’AI PAS QUITTÉ ANVERS
LE JOUR OÙ LE VERT DE L’EAU EST DEVENU BLEU
LE JOUR DE LA SALADE DE FRUIT AU MAÏS ET AU LAIT
LE JOUR DE LA TORTUE
LE JOUR OÙ JE SUIS ARRIVÉ EN AMERIQUE
LE JOUR DU CONCERT DE CHARLOTTE
LA NUIT DES POISSONS VOLANTS
LE JOUR OÙ J’AI TRAVERSÉ LE MIROIR
LE JOUR OÙ J’AI PERDU MON OMBRE
LE JOUR DU JOUR PERDU
LE JOUR DU RAYON VERT
LE JOUR OÙ NOUS ÉTIONS PLUS QUE DEUX
LE JOUR OÙ J’AI CRIÉ TERRE
