L’ESPRIT DE NOËL A ENCORE FRAPPÉ (PART ONE)

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Loin d’être les fruits maléfiques d’une imagination qui serait trop longtemps restée en mer, les événements qui vont vous être livrés ici se sont produits quelque part entre Anvers et Melbourne en l’an de grâce 2008 lors d’un voyage autour du monde sur un vaisseau-cargo-porte-containers, pavillon germano-libérien, au petit nom passe-partout de Cap Cleveland. Ma vie à bord de ce baroudeur-pourfendeur des mers aurait pu être un long et doux océan oisif et tranquille si, les incidents gastronomiques et culinaires qui sont l’objet de ce récit griffonné à la va-vite dans quelque seamen’s club n’étaient pas survenus, progressivement, crescendo, comme dans les pires romans de Stephan King. Voir Misery la nuit dernière m’a inspiré et m’a aidé à trouver enfin les mots pour gribouiller quelque chose à mettre sur mon blog qui, je le sens bien, va lui aussi souffrir d’irrégularité et de baisses de qualité dans son alimentation. J’espère que ce post répondra à votre deuxième question la plus posée « Est-ce que tu manges bien ? ». Celle qui vient après « Et tu n’es pas malade ? » et à laquelle je pense avoir répondu.

Dès le premier repas j’aurais dû me douter que quelque chose ne tournait pas rond dans mon bol et dans ce mess des officiers désert en ce midi dominicale belge. J’étais face à un potage de bienvenue à la betterave terriblement repoussant. Ses reflets translucides où des petits morceaux de viande orange bouillie se noyaient et essayaient en vain de regagner le bord à la nage ne m’aidaient pas vraiment à me mettre en appétit. Mais abstraction faite de ses eaux végétales et globuleuses aux vapeurs embarrassantes, et une fois la soupe goûtée, je la trouvai contre toute attente extatique, délicieuse. Sa douceur endormit aussitôt mon instinct de fin limier qui, vous le savez, me caractérise tant. Je me souviens quand même me dire, quand le bouillon et moi nous nous sommes regardés à la dernière gorgée, que le cuisiner allemand dont on m’avait vanté les mérites avant l’embarquement prenait manifestement quelques libertés avec les us et les coutumes de son pays.

Je n’avais pas fini cet aparté idiot qu’en un clin d’œil et une bonne grosse tape dans le dos à me décoller la plèvre et repeindre tout le réfectoire avec le jus de betterave que je venais d’absorber, je réalisai que mon grand-chef cuisinier teuton avait les yeux bridés et le teint un peu trop jaune pour me raconter son enfance au Tyrol ou en Bavière. Adieux, les farandoles de charcutailles diététiques et la choucroute analgésique dont j’avais tant rêvée ! Bonjour Stephan, Philippin d’une bonne quarantaine d’années, au sourire couronné d’or. Le type le plus sympa et le plus drôle du monde. Je ne perdais pas au change, car, c’est bien simple, il se marre tout le temps, a toujours un truc rigolo à sortir et, sans blague, comme je viens de vous le dire, il fait les meilleurs potages de tout l’univers. Des potages pas toujours jolis jolis à regarder en face, et malheureusement servis à des heures et sous des latitudes non idéales pour une appréciation optimale, mais aux saveurs réconfortantes comme seule sait les préparer une grand-mère aimante. Ma favorite restera, malgré tout ce qui s’est produit, celui aux petits champignons crémeux, véritable velouté des dieux que je pourrais encore avaler à toute heure du jour et de la nuit ! Bref, ce gars est le roi du consommé, le génie du potage, le Dieu de la soupe, on lui donnerait l’absolution sans confession. Pourtant, ceci dit, ses desseins malfaisants ne font maintenant plus aucun doute… 

TO BE CONTINUED

2 Responses to “L’ESPRIT DE NOËL A ENCORE FRAPPÉ (PART ONE)”

  1. lerig Says:

    Même en connaissant la fin, c’est toujours aussi drôle à lire !! Vite, la cann**** :-))

  2. Australigator » Blog Archive » FLASH SPÉCIAL, FIN DES TRAVAUX ! Says:

    [...] Australigator « L’ESPRIT DE NOËL A ENCORE FRAPPÉ (PART ONE) [...]

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