L’HOMME À L’HARMONICA
C’était samedi soir au Clancy’s. Le concert de Toby. Je ne sais pas si je vous ai dit, Virginie et Julien sont fans à lier. Julien il a pris son courage à pleines mains et il a été lui dire, à Toby, qu’il avait tous ces cd sauf un. Quand il est revenu vers nous il avait les yeux en forme de decking tellement il avait l’air heureux. Moi j’aurais bien aimé partager son bonheur avec lui mais ils m’avaient fait manger mon plateau de fruits de mer tellement vite pour pas être en retard que je me sentais pas hyper bien… Je pouvais sentir les petites tentacules des poulpes non mâchés, tout ail et vinaigrette, me faire des ventouses dans l’estomac pendant que les huîtres encore vivantes faisaient de la varappe au-dessus des eaux sombres infestées de requin pané que bordaient des frites comme des pieux. J’avais un peu chaud et froid en même temps. Je m’accrochais au bar et attendais que concert se passe.
C’était pas mal du tout, mais sans plus, jusqu’à ce qu’un petit bonhomme qui ne payait pas de mine, crâne lustré, moustache, et cheveux longs bien peignés autour, traverse la salle, monte sur scène et sorte un harmonica. Jusqu’à maintenant je croyais que l’harmonica ce n’était pas tout à fait un vrai instrument. Plutôt un accessoire de déguisement ou un outil de torture très efficace pour pousser les gens à bout, genre Matthieu au casou, cazou ? Et là, Jean-Guy (parce que le petit bonhomme qui payait pas de mine, crâne lustré, moustache, et cheveux longs bien peignés autour s’appelait Jean-Guy) nous fait un solo d’harmonica à mourir de joie sur place et à me distraire toute ma faune intestinale bien remontée. Une fois sa prestation, qui a éclipsé tout le reste du concert, terminée il est retourné comme si de rien était au fond de la salle. Toby avait beau faire son intéressante, s’agitait dans tous les sens, avoir le blues aux tripes et hurler à la mort, seule la musique de Jean-Guy occupait mes oreilles. À l’entracte, alors qu’il prenait la clé des champs, Vi et Ju sont allés lui parler. Moi j’aurais bien aimé aussi si un petite rousse à casquette verte, folle de mon accent* et qui avait des têtes de morts sur sa ceinture ne m’était pas tombée dessus. 100% AUSSIE, un accent du Nord d’Alice Springs, une descente à faire pâlir Jan, et avec qui j’aurais pu sympathiser facilement si elle ne m’avait pas fait penser à la fille que le héros de Cul de sac de Douglas Kenndy (qui s’appelle comme moi d’ailleurs !!!) rencontre avant de se retrouver dans le pire cauchemar de sa vie…. Bref, je m’en suis sorti.
Et donc Ju et Vi sont revenus enchantés de leur petite discussion avec le dieu de l’harmonica qui j’aurais du m’en douter à sa chemise, était Canadien Québécois. Ils ont parlé de l’automne, du Tropicana le samedi matin, des Rocheuses, d’avoir de la neige par-dessus la casquette, et de la sagesse du jardinier. Je suis certain que dans une vie antérieure il a été une rock-star immensément famous dans tout Milky way (genre Madonna ou Le Pape) mais que comme Ulysse dans l’enfer de la République de Platon il a choisit le destin d’un homme ordinaire pour sa vie future. Il bricole une vingtaine d’heures par semaine dans une école de Fremantle et joue ici et là avec les copains. C’est un grand. Un très grand. Il pourrait jouer avec Tom York ou The Lonesome Gamblers tellement c’est un très très grand. Mais ce soir au Clansy’s, comme tous les jours à Fremantle, il est entré comme il est sorti. Par la petite porte des génies en poste restante.

janvier 20th, 2009 at 16:40
Voilà des propos d’une grande profondeur… J’en ai la larme à l’oeil…
Longue vie aux bouseux joueurs d’harmonica !