THE FROG
C’est quand on part que tout se précipite toujours et que le rocambolesque rapplique au galop. Je passe Charlie qui ne sait plus quoi inventer pour faire son intéressant et mes aventures à la Poste de Kensignton la tête au carré qui pourraient remplir un blog quotidien passionnant pendant un an et demi, pour vous raconter les malheurs contrebandiers de Davy Croquette (alias, Dave, David, Le David de Francine…).
Depuis son retour du pays des 1000 fromages, il y avait comme une odeur alternative de rat-kangourou trépassé non pasteurisée quand on arrivait à Rankins Street. Après s’être soupçonnés mutuellement et à tour de rôle pendant quelques jours nous sommes tombés d’accord, Francine, David et moi, pour dire que ce petit parfum aigre doux d’opossum faisandé provenait du périmètre bien défini et mal délimité par le terme « entrée ». Et non pas de ma chambre, vers laquelle certains ont tout d’abord regardé avec insistance sans trop oser me poser la question de ce que je pouvais bien y faire pourrir pour que ça sente comme ça. Mais revenons à notre entrée où étaient entreposées à peu près les affaires de tout le monde et personne.
Dimanche soir, en rentrant du zoo où j’avais pu comparer notre effluve domestique à celles de toutes les cages de tous les animaux du monde, sans compter les délicieuses émanations enveloppantes des aquariums et autres vivariums bouillonnants, l’entrée avait été nettoyée comme jamais. Malheureusement l’espace privé des hyènes sentait toujours dix fois meilleur. L’odeur était toujours là à nous chatouiller le nez, l’imagination, le moral et surtout les nerfs.
Je ne sais plus trop pourquoi ou comment l’idée est venue à David de ranger son parapente. Qui il est vrai ne prenait pas de place là en plein milieu du passage depuis une semaine :-). Quand il est revenu nous voir. Il avait l’air pas bien du tout et blême comme jamais. Sur le ton d’un scout perdu en pleine nuit dans les bois avec sa patrouille et qui s’aperçoit qu’un troisième membre à disparu alors qu’il était il y a encore trois minutes derrière lui, il nous a annoncé qu’il avait l’impression d’être suivi … par l’odeur.
Nos regards ont convergé. L’ancien emplacement du parapente clignotait tellement on le regardait. La question était de savoir qui aurait le courage d’approcher son nez de ce qu’on présumait être l’épicentre de notre pollution insistante qui n’avait plus rien de l’hallucination collective des débuts. David, dont c’était tout de même le parapente, se sacrifia et faillit alors s’étouffer sur place à se tordre d’horreur et de douleurs tellement l’odeur était infâme, puissante et provenait bien de là où elle provenait. Tout le monde y est allé alors de son petit commentaire sur les origines du mal. Les hypothèses les plus sobres allaient de l’humidité du massif central repliée sur elle-même avec la toile, aux poubelles d’un bloc opératoire, en passant par le cas classique de la décomposition d’au moins 10 000 rats morts-vivants désemparés. Encore une fois nous étions en dessous de la réalité. David a fait un bon de trois mètres en arrière quand il a réalisé qu’il y avait bel et bien quelque chose de mort dans son parapente.
Comme vous pouvez le voir sur la vidéo, c’était seulement une grenouille. Comment une aussi petite bête pouvait puer autant ? Mais le dégoût a vite fait place à la joie d’avoir découvert le moyen de ramener la prochaine fois notre propre poids en charcuteries, fromages et foies de volailles. On a emballé trois fois la dépouille du batracien voyageur 100% origine française non contrôlée, et hop aux ordures sans trop se poser de questions. United colors of Benetton, tu parles ! Car c’est là que l’histoire commence !
Le lendemain matin, David reçoit un petit texto rigolo disant en gros « Hey David, peux tu m’appeler dès que possible pour qu’on puisse récupérer ta grenouille ». Détail important : Le texto était signé en toute simplicité « La Quarantaine ». Oh non, non, ce n’était pas une blague de Stewie et Ned qui avaient dîné avec nous la veille. C’était bien la Quarantaine, la vraie, la même que celle du port, à qui un membre du club de parapente de David, jaloux sans doute des heures de vols européens de ce dernier, l’avait salement vendu.
Une unité spéciale d’intervention se préparait à encercler l’appartement pour récupérer coûte que coûte le body bag et son contenu. Mais en fin de compte, un agent négociateur est venu chercher le bébé au boulot de David pour qui j’ai eu le bonheur non dissimulé de faire de la spéléologie dans les poubelles de l’immeuble. Exercice tout à fait fascinant qui mériterait un long développement, mais là, je n’ai plus trop le temps… Pour conclure, disons vite que Francine me disait qu’ils avaient reçu un rapport qui disait que l’animal n’avait plus rien à dire. Le pauvre n’a pas pu être identifié en raison de son état trop avancé de décomposition. Affaire classée. Mais sale affaire. Même s’il y a, à mon avis, quand même du panache à naître têtard dans le Massif Central, monter à Paris en voiture de location tel le plus grand des espions, prendre un air 380 caché dans un parapente, et finir terroriste en Australie. Un nouveau Ned Kelly ?
Seeya La compagnie ;-)
Musique : Thomas Fersen, Chocolat
août 13th, 2009 at 10:48
Mais ça puait TANT que ça ??? On dirait que oui, vu vos têtes, mais c’est un peu dur à comprendre…Tant que ça ???
août 13th, 2009 at 11:36
Mais depuis quand les grenouilles sont équipées d’une puce GPS afin de détecter les sorties de territoire ?
août 13th, 2009 at 12:57
mais je croyais que tu étais déjà sur la route …
tu es finalement resté à Melbourne ?
août 14th, 2009 at 5:22
Sans rire, ça puait T A N T que ça, et pire encore :-) Là rien que d’y penser je commence à tourner de l’oeil et mon déjeuner fait des bulles, euhagrrr… ;-) Et alors “Les médusés” ça avance ? Je voulais écrire un post là-dessus avant mon départ mais je n’ai pas eu le temps ! C’est avec Les médusés que je t’ai découvert mon grand ! Et j’ai hâte de les lire.
Pour la puce GPS, je ne sais. Tu penses à quoi ?
Quant à la dernière question : non, non, je suis à Port Augusta que je quitte dans trois ou quatre minutes et demi. Direction l’outback ! le vrai !!! Et demain, ou après demain : Coober Pedy… Puis Uluru, Alice… Et Kakadou, Darwin.