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365 JOURS PLUS TÔT…

Mardi, septembre 15th, 2009

…c’était la grand départ. Je quittais tout et partais bondir down under. J’avais imaginé une ambiance de début de film à la Billy Wilder : une course-poursuite en voiture, un cadavre dans la piscine, une blonde ligotée dans une robe en lamé vert porte-malheur jouant « Put the blame on Mame, boys ! » (à la guitare, au kazoo ou au ukulélé), et une brune en lunettes sombres et imper clair demandant à son chauffeur de taxi en niveaux de gris de suivre ma voiture, consciente de jouer le rôle de sa vie. Mais mon commencement était beaucoup plus slow motion, voire statique. Ou pour tout dire, belge.

Les trois mousquetaires et moi étions debout devant une grille rouillée avec plein de panneaux d’interdiction aussi encourageants que des têtes de mort sur des piquets. Nous attendions que les types de la sécurité vérifient l’histoire à coucher dehors qu’on venait de leur raconter. apparemment sans grand succès, en anglais comme en français. À savoir : que j’allais en Australie via Panama et qu’un cargo devait m’attendre quelque part dans ce grand port. En 30 ans de carrière, ils n’avaient jamais vu ça et croyaient en une blague de camera cachée ou de pot de départ à la retraite pour celui qui avait l’oeil sceptique. Ils se sont longtemps regardés puis m’ont demandé d’appeler quelqu’un qui les appellent et se sont enfin décidés à engager la conversation pour sonder mes intentions qui à cette heure cruciale ne me convainquaient plus du tout  moi-même. Je n’étais plus qu’un ventre en souffrance tiraillé par l’angoisse montante qui va avec le fait de réaliser qu’on est fait comme un petit pâté de ragondin. Sans parler de l’envie de rire de cet accent formidable. La démence me guettait, j’avais « Goûte mes frites » de Valérie Lemercier dans la tête ! Priez pour moi sainte Radegonde !

La mission de Lérig, Matthieu et Nico touchait à sa fin. Devant ce dernier obstacle, cette guérite négative, je les sentais tendus les petits gars. Après m’avoir intercepté à Austerlitz d’où je revenais de chez mon dentiste militaire tourangeau avec 6 points de suture, après m’avoir accompagné faire la bise à Aleister, Sandrine, Vincent et Audrey à Lille, après m’avoir supporté et encadré dans Anvers où je commençais à plus trop avoir envie d’y aller… C’était trop bête d’échouer si près du but. On avait évoqué et invoqué l’amitié et la franche camaraderie, cependant personne n’était dupe. Ils avaient veillé en gros et de près à ce que je ne m’échappe pas ou que je ne prenne pas la fuite dans un moment de panique, de foule et d’inattention. Quand les gardiens se sont décidés à lever la barrière sans véritable grande conviction pour me laisser entrer en zone interdite, il y avait tant de conditions que mes peurs se trouvaient toutes justifiées.

J’ai dû laisser 2 des 3 cocos à la barrière. Seul Matthieu a eu le droit de m’accompagner en voiture à la vitesse décoiffante de 5 km/h jusqu’au bateau. Interdiction de prendre de photos, d’éteindre le moteur, de descendre du véhicule… Moi je ne savais pas trop si j’avais le droit de parler, de me retourner et de respirer. J’ai failli demander s’il ne fallait non plus nous bander les yeux mais je n’ai pas voulu gâcher les adieux avec Lérig et Nico. Ça n’allait tellement pas bien mon ventre à ce moment là que j’entendais mon estomac jouer le deuxième mouvement de l’ouverture de l’Orfeo de Monteverdi qui est quand même mieux que “Mange mes frites !”. Je crois que je n’arrêtais pas de dire à Matthieu que 40 jours en mer ce n’était rien, qu’un an s’est vite passé, à New-York ou Philadelphie on pourrait se téléphoner. Dans le rétro je voyais Nico et Lérig rapetisser. Ça faisait drôle de se dire que quand je les reverrai ils seraient pères de famille et moi sans doute toujours en train de chercher à faire mon intéressant avec des projets pareils.

Des rangées interminables de containers se succédaient dans un désordre coloré digne d’un chantier LEGO de tous les possibles de l’enfance. Avec en plus un air de hangar à la Indiana Jones ou le temple maudit contenant toutes les affaires, meubles et effets personnels de Charles Foster Kane. Quelque chose entre Rosebud, le RDC d’IKEA avant de passer en caisse et Xanadu au générique. Puis, il est apparu. En rouge carolus flamboyant. C’était le plus grand et le plus beau de toute la zone de mouillage. Des containers volaient au-dessus de nos têtes, ou pas d’ailleurs car nous étions dimanche midi et le temps s’était arrêté net comme un tic-tac de compte à rebours suisse ou comme dans 24 quand on met pause pour aller au toilettes.

J’ai dit au revoir à mon poto de toujours avec un tremolo de canari qui fume trop qui a dû lui faire penser à l’Exorciste. J’ai du redire encore une fois qu’un an c’est rien, vraiment. Un sous-officier qui s’avèrera être Camelo s’est engagé sur la passerelle en me voyant descendre de voiture. Forcement comme c’était interdit, Matthieu a pris une photo. Apparemment, l’officier savait qui j’étais. Ça faisait plaisir de rencontrer enfin quelqu’un qui était au courant de mon embarquement. Il a crié sur deux garçons qui n’étaient pas au bon endroit au bon moment. Ils ont dû se coltiner mes bagages sur 5 étages. Pas facile après pour s’en faire des amis. Quand j’ai voulu aider un peu quand même, ça a recrié fort en philippin et j’ai compris que je n’avais pas interêt à prendre trop d’initiatives dans cette galère et surtout pas essayer de me rendre utile sur le navire. Camelo m’a dit en anglais de me contenter de le suivre en essayant de pas me cogner et de pas me salir. J’ai dit oui-oui en cachant ma main droite que j’avais déjà appuyée sur une rambarde ou un garde-fou plein de cambouis.

Entre deux bouffées de fuel et les odeurs de petrol, ça sentait bon la mer, le poisson pas frais et le chiure de mouette. Matthieu, réduit à notre voiture de location, disparaissait lentement derrière l’ultime rayonnage de parallélépipèdes rectangles “Triton”, “P&O” et “CGA CGM”. Puis tout est allé très vite : mon poids sur l’estomac s’est transformé en une excitation et un émerveillement de matin de Noël. J’étais dans Titanic, Night and day, Les derniers jours de Pompéi, Pearl Harbord, La mort aux trousses, Tous les matins du monde, Les morsures de l’aube, Bagdad Café, Les merveilleuses cités d’or, 1492, The Tudors, Paul et Virginie, Robotech, La famille Robinson, Lost, Candy, Les révoltés du Bounty, Vampyr, L’île aux enfants, Les dents de la mer, Bernard et Bianca au pays des kangourous, Un barrage contre le Pacifique, Aquaman, L’île du jour d’avant, Water world, Le tour du monde en 80 jours, Les Vacances de Monsieur Hulot, La plage, Roger Rabbit, Le Mépris, Garou-garou le passe murailles, L’éducation sentimentale, Scoubidoo contre les fantômes, Tintin en Australie, Martine dans la Marine, Snoopy dans la Navy.

Il m’a fallu signer un registre. Je me suis trompé de ligne. On a pris mon passeport sans avoir l’intention de me le rendre tout de suite. J’ai monté et descendu des escaliers qui se ressemblaient tous. Camelo n’arrêtait pas de me dire de faire attention deux Mississippi et demi trop tard. Alors que je pensais qu’il allait me montrer mes appartements, nous sommes arrivés au mess des officiers. Il m’a alors indiqué ma place à table. Puis m’expliqua que je n’en changerai pas à moins qu’on perde quelqu’un de plus gradé que moi en route. Les passagers étaient placés par ordre d’arrivée et n’étaient pas autorisés à échanger leur place entre eux sans en demander l’autorisation par écrit et en trois exemplaires au commandant. J’exagère un peu mais pas trop. Il souligna avec un grand sourire qui ne vous autorisait guère à faire un commentaire que personne de sensé n’avait osé jusqu’à ce jour importuner quelqu’un avec ça. J’allais dire que ma place me plaisait beaucoup quand un officier russe a fait irruption pour m’informer que mes bagages étaient dans ma cabine, mais que pour l’heure il devait me montrer ma place dans le canot de sauvetage et à quelle équipe de survie j’appartenais (Pas la meilleure, comme j’allais le découvrir plus tard). Mon premier entraînement de sécurité aurait lieu samedi prochain en mer ; que ce n’était pas drôle alors je pouvais arrêter de sourire à tout ce qu’il disait ; que j’avais du cambouis sur le nez, dans les cheveux et à l’oeil droit. Il m’a ensuite souhaité la bienvenue et m’a demandé si je fumais. J’ai voulu faire mon rigolo et j’ai répondu « pas encore ». Il n’a pas relevé ou n’a pas compris mon anglais. Il m’a regardé très inquiet. Ça sentait la cannelle, le poisson-chat hors de son nid et le linoleum d’hôpital ou de maison de retraite. Camelo m’attendait au bout du couloir à côté d’un entassement de transats tous neufs et encore emballés. L’aventure pouvait commencer.

Bougainville, Cook et Lapérouse

Musique : 1000 vies ne sont pas suffisantes, Stephan Eicher ;-)

L’ESPRIT DE NOËL A ENCORE FRAPPÉ (PART THREE)

Jeudi, janvier 15th, 2009

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « Les incidents gastronomiques et culinaires qui sont l’objet de ce récit griffonné à la va-vite dans quelque seamen’s club sont survenus, progressivement, crescendo, comme dans les pires romans de Stephan King. Voir Misery la nuit dernière m’a inspiré et m’a aidé à trouver enfin les mots pour gribouiller quelque chose à mettre sur mon blog qui, je le sens bien, va lui aussi souffrir d’irrégularité et de baisses de qualité dans son alimentation. J’espère que ce post répondra à votre deuxième question la plus posée « Est-ce que tu manges bien ? »

L’euphorie de mes débuts de passager affamé de découvertes de toutes sortes laissa vite place à un petit état repu de non-appétit nauséeux survivant dans la crainte du menu du jour suivant… Vint alors la période glacière : les mêmes mets mais froids. Avec en dessert une glace coréenne orange fluo à quelques agrumes amers, chimiques et au goût médicamenteux. Ce truc vous tapissait la langue et les tripes d’un enduit phosphorescent du même ton. Je sortais de table moyennement guilleret et avec la drôle l’impression d’être un cobaye prêt pour sa scintigraphie. Comme tous les autres passagers j’ai fini par perdre tout mes repères. Non content d’êtres paumés dans les changements d’heures quotidiens et notre localisation par abscisses et par ordonnées. Arrivé dans l’hémisphère sud je ne savais plus du tout ce que je mangeais. À l’heure où je vous parle, la descente aux enfers n’est pas terminée.

Hier, à 400, Alex a été pris en flagrant délit de sandwich à La vache qui rit - Nutella - Roquefort. Lisa nous a raconté ça hier soir encore toute tremblante et manifestement en état de choc. Elle décrivait, horrifiée, la scène du Roquefort qui se mélangeant au chocolat alors qu’elle-même tartinait avec de la confiture à la framboise (et hésitait apparemment à y rajouter de la marmelade) des toasts déjà enduits de beurre de cacahouète et surmontés de fromage.

À l’acmé de mon épouvante culinaire, quand John essaie de détendre l’atmosphère en nous faisant remarquer que nous avons eu de la langue de bœuf à notre entrée dans l’Atlantique et que nous avons de la queue de du même animal pour notre sortie du Pacifique, et que ça fait un bœuf entier peut-être par personne… Là le pianiste ne joue plus que deux notes dans les graves et cette musique de l’horreur résonne tout le long de mon tube digestif frissonnant. Je réalise alors les yeux dans mon assiette plaque tournante fataliste, l’avènement du règne de la nourriture mondiale et avec lui l’ensevelissement de 30 ans et 65 kg de cuisine française. Le rôle  de passeur d’ombres de Stephan ne faisait plus aucun doute. À moi, désormais, le ketchup et les cornichons plus sucrés que le lait concentré ou la crème Mont blanc, les fromages sans goût et rebondissants tellement ils sont trafiqués, l’usage abusif du maïs dans les desserts, la mayonnaise qui ne se met surtout pas au réfrigérateur, les crevettes qui se recongèlent et décongèlent à volonté, les œufs carrés en bouteille, les bigorneaux en tube… S’apercevant de mon teint blafard vert d’eau et de la goutte de sueur froide qui perlait sur mon front, à mon Charon, Stephan, dans un rire à faire chavirer le bateau, de conclure ce chapitre avec un De gustibus et coloribus non est disputandum hypocrite et un Merry Christmas ivriboudi satanique qui recouvre toujours tout.

L’ESPRIT DE NOËL A ENCORE FRAPPÉ (PART TWO)

Mercredi, janvier 14th, 2009

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « Les incidents gastronomiques et culinaires qui sont l’objet de ce récit griffonné à la va-vite dans quelque seamen’s club sont survenus, progressivement, crescendo, comme dans les pires romans de Stephan King. Voir Misery la nuit dernière m’a inspiré et m’a aidé à trouver enfin les mots pour gribouiller quelque chose à mettre sur mon blog qui, je le sens bien, va lui aussi souffrir d’irrégularité et de baisses de qualité dans son alimentation. J’espère que ce post répondra à votre deuxième question la plus posée « Est-ce que tu manges bien ? »

Innocent, j’ai tout d’abord cru avoir le mal de mer. Mais j’étais loin de la réalité. Stephan nous rendait intestinalement digne de ces projets. Un voyage initiatique aux frontières gastriques du soutenable et de l’insoutenable. Après nous avoir bien nettoyé et récuré les entrailles avec une cuisine fondée exclusivement sur les brassicacées, poivrons et les oignons crus, les festivités purent commencer avec une salade de fruits durs comme la pierre et arrosée de lait tiède et de maïs glacé… rien que d’en parler j’ai l’estomac qui se rétracte comme une huître qu’on citronne avant de l’avaler. Je passe donc bien vite ce dessert fâcheux que j’avais mis, dans un déni évident, sur le compte de la fatigue ou de l’éloignement trop grand des côtés. Là où les choses se corsèrent c’est quand, sans qu’il ne sache quoi que ce soit de mes présomptions germaniques, Stéphan s’est mis à chanter à tue-tête et comme si de rien était - et surtout comme si nous n’étions pas en septembre mais en décembre - des chants de Noël croquignolets. Ces faits peuvent surprendre au début, mais je crois maintenant qu’il n’y a rien de plus remarquable et de redoutable pour tromper un adversaire. Entre les repas, il veillait à ce qu’un petit transistor au grésillement diabolique reste allumé et puisse diffuser dans la cuisine et les couloirs de tout le bateau la crème du chant de noël international. Impossible de passer près des fourneaux sans avoir en tête pour le reste de la journée un air de galerie de centre commercial un 24 décembre à 11h30. Au demeurant, la méthode est imparable pour dissuader quiconque étant pris d’une petite fringale passagère d’aller faire un tour dans le réfrigérateur.

Puis comme les sauterelles, ce fut l’invasion de cannelle. Ça a commencé logiquement et ni vu ni connu je t’embrouille dans les tartes ou tourtes aux pommes. Je le soupçonne d’en avoir ensuite saupoudré subrepticement quelques soupes pour qu’on s’habitue petit à petit au goût avant d’asperger à pleines volées veaux, vaches, cochons, poissons, légumes, sauces et purées. Mais ce n’est que quand il a commencé à m’appeler Santa Clause que j’ai réellement commencé à paniquer.

Oui parce que pour ceux qui ne le savent pas déjà je suis né un jour de Noël et mes parents n’ont rien trouvé de mieux que de m’appeler Nicolas comme le saint du même nom qui est l’équivalent de notre Père Noël dans l’Est de la France, la Suisse, l’Allemagne… Et comme si ce n’était pas assez, de mettre N O E L dans la case deuxième prénom. Il n’y a pas à dire, j’ai toujours beaucoup de succès dans l’administration et à la douane notamment. À Philadelphia j’ai cru que le type de l’immigration n’allait pas pouvoir sans remettre et que j’allais le tuer de rire… Ouf que non parce aux frontières d’un pays si accueillant c’est des coups à être condamné à la peine de mort direct. Bref, il est des fins plus douces. Stephan lui avait opté pour un empoissonnement thématique. Après Santa Clause, j’eu l’immense bonheur d’être appelé, en l’honneur de mon bronzage facial à brûlure nasale caractérisée, Rudolph, en référence au renne-elk-caribou de Noël à la truffe clignotante.

Et en plein cœur de la partie tropicale de notre voyage, où tout le monde crevait de chaud et transpirait à grosses gouttes rien qu’à respirer sans bouger ni penser, notre grand chef cuisinier fêtait la naissance du petit Jésus en grandes pompes et nous prépara un goulash digne d’un réveillon au Groenland… Le tout passé sous une pluie de cannelle en veux-tu en voilà ! Je passe l’étape suivante un cran plus loin encore dans le gore de l’adaptation de notre nutrition en fonction des contrées traversés : Ragoût de queues et de langues de bœuf sous l’équateur, Festival de foies d’animaux interdits en sauces non identifiées en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pieds de porcs aux Comores…

TO BE CONTINUED

L’ESPRIT DE NOËL A ENCORE FRAPPÉ (PART ONE)

Samedi, janvier 10th, 2009

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Loin d’être les fruits maléfiques d’une imagination qui serait trop longtemps restée en mer, les événements qui vont vous être livrés ici se sont produits quelque part entre Anvers et Melbourne en l’an de grâce 2008 lors d’un voyage autour du monde sur un vaisseau-cargo-porte-containers, pavillon germano-libérien, au petit nom passe-partout de Cap Cleveland. Ma vie à bord de ce baroudeur-pourfendeur des mers aurait pu être un long et doux océan oisif et tranquille si, les incidents gastronomiques et culinaires qui sont l’objet de ce récit griffonné à la va-vite dans quelque seamen’s club n’étaient pas survenus, progressivement, crescendo, comme dans les pires romans de Stephan King. Voir Misery la nuit dernière m’a inspiré et m’a aidé à trouver enfin les mots pour gribouiller quelque chose à mettre sur mon blog qui, je le sens bien, va lui aussi souffrir d’irrégularité et de baisses de qualité dans son alimentation. J’espère que ce post répondra à votre deuxième question la plus posée « Est-ce que tu manges bien ? ». Celle qui vient après « Et tu n’es pas malade ? » et à laquelle je pense avoir répondu.

Dès le premier repas j’aurais dû me douter que quelque chose ne tournait pas rond dans mon bol et dans ce mess des officiers désert en ce midi dominicale belge. J’étais face à un potage de bienvenue à la betterave terriblement repoussant. Ses reflets translucides où des petits morceaux de viande orange bouillie se noyaient et essayaient en vain de regagner le bord à la nage ne m’aidaient pas vraiment à me mettre en appétit. Mais abstraction faite de ses eaux végétales et globuleuses aux vapeurs embarrassantes, et une fois la soupe goûtée, je la trouvai contre toute attente extatique, délicieuse. Sa douceur endormit aussitôt mon instinct de fin limier qui, vous le savez, me caractérise tant. Je me souviens quand même me dire, quand le bouillon et moi nous nous sommes regardés à la dernière gorgée, que le cuisiner allemand dont on m’avait vanté les mérites avant l’embarquement prenait manifestement quelques libertés avec les us et les coutumes de son pays.

Je n’avais pas fini cet aparté idiot qu’en un clin d’œil et une bonne grosse tape dans le dos à me décoller la plèvre et repeindre tout le réfectoire avec le jus de betterave que je venais d’absorber, je réalisai que mon grand-chef cuisinier teuton avait les yeux bridés et le teint un peu trop jaune pour me raconter son enfance au Tyrol ou en Bavière. Adieux, les farandoles de charcutailles diététiques et la choucroute analgésique dont j’avais tant rêvée ! Bonjour Stephan, Philippin d’une bonne quarantaine d’années, au sourire couronné d’or. Le type le plus sympa et le plus drôle du monde. Je ne perdais pas au change, car, c’est bien simple, il se marre tout le temps, a toujours un truc rigolo à sortir et, sans blague, comme je viens de vous le dire, il fait les meilleurs potages de tout l’univers. Des potages pas toujours jolis jolis à regarder en face, et malheureusement servis à des heures et sous des latitudes non idéales pour une appréciation optimale, mais aux saveurs réconfortantes comme seule sait les préparer une grand-mère aimante. Ma favorite restera, malgré tout ce qui s’est produit, celui aux petits champignons crémeux, véritable velouté des dieux que je pourrais encore avaler à toute heure du jour et de la nuit ! Bref, ce gars est le roi du consommé, le génie du potage, le Dieu de la soupe, on lui donnerait l’absolution sans confession. Pourtant, ceci dit, ses desseins malfaisants ne font maintenant plus aucun doute… 

TO BE CONTINUED

I THINK I’M GOING TO VOMIT (PART THREE)

Mercredi, janvier 7th, 2009

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « …Vers 0400 un bruit d’assiettes jetées contre les murs me réveille en sursaut. Je n’ai pas le temps d’ouvrir tous mes yeux que je suis violement projeté moi aussi contre le mur. C’est là que la soupe de veau bouilli de la veille (spécialité de notre cuisinier Stephan) commence a gargouiller dangereusement, de manière volcanique pas très catholique, dans un endroit de mon corps trop haut pour ne pas s’inquiéter gravement. La suite ne fut qu’une succession d’erreurs fatales : 1/ Se lever 2/ Allumer la lumière 3/ Déblayer et commencer à ranger… »

4. Prendre une douche

Pour ma défense, je tiens à dire qu’il était encore très tôt, que je n’étais pas encore très bien réveillé et que j’avais le bide à l’envers. Je me suis donc dit, un petite douche ça ne peut pas te faire de mal. Sans réfléchir j’ai ouvert le miroir de la salle d’eau qui a pu déverser tout ce qu’il contenait dans le lavabo. La bouteille d’Alodont s’est brisée. Dentifrice, rasoir, crème solaire, mouchoirs, médicaments… trempaient dans les bris de verre et les eaux profondes du célèbre bain de bouche bleu turquoise. Moussaillon que je suis maintenant, je me convaincs qu’il m’en faut plus pour me démoraliser et que se réveiller avec une bonne douche est définitivement une excellente idée. C’est bien simple, je n’ai pas réussi à me placer sous la pluie chaude est réconfortante de cette p… de douche tellement le bateau tanguait. Inutile de penser à me saisir non plus du pommeau. Innocents ! Déjà que deux mains pourtant pleine de doigts et deux bras vaillamment tendus pour retenir les murs ne suffisaient pas à se maintenir dignement debout… Je vous fais grâce du casse-tête pour s’essuyer les pieds, se rhabiller et vous épargne ma politique de grands travaux d’urgence pour endiguer l’inondation.

5. Se rendormir

Être bercé lentement par le sac et le resac de la mer ok, mais là j’avais plutôt l’impression d’être une balle de flipper ou de baby-foot un mercredi après-midi au Jean de Beauce. Et le boucan d’enfer que font la pluie, le vent et tous les objets qui se fracassent partout dans le bateau ne permettent pas de trouver la quiétude nécessaire à quelque endormissement. Epuisé par le rodéo de cette lutte physique et psychologique permanente pour rester en vie sur son matelas de la méduse (et en toute honnêteté commençant à être très nerveusement atteint) j’ai dû quand même trouver le moyen de trouver le sommeil parce que en revanche je me souviens très bien comment m’être réveillé, foudroyé par la certitude d’être malade. Je ne pense pas exagérer beaucoup en disant que j’avais le ventre comme une machine à laver en mode essorage intensif. Mon sang n’a fait qu’un tour, aussitôt sorti de ma torpeur de lavomatic de l’enfer je bondis dans la salle de bain ! Tel l’enfant Moïse et la terre promise, le petit flacon d’alcool de menthe poivrée de Bérangère flottait dans la chlorure de cétylpyridinium, l’eugénol et le chlorobutanol hémihydraté. Impossible de mettre la main en revanche sur les sucres et le Dompéridone. J’ai donc snifé à même la bouteille l’essence salvatrice. À ma grande surprise ça ne sentait pas grand chose. Voilà que je redouble donc mes efforts pour inspirer quelque chose : toujours rien ! Pire, j’avais chaud et froid en même temps et des Hurry up rouge sens interdit qui clignotaient à 200 à l’heure dans ma caisse de résonance crânienne. Dépité et décidé à trouver les médocs, je tente de refermer le bazar mais il est trop tard. Horreur, malheur et damnation ! Le grand incendie ! J’ai le nez qui prend feu… Autant vous dire que c’est hyper efficace si on considère que ça fait diversion et que pendant dix bonnes minutes vous oubliez que vous avez mal au ventre. On était loin du petit jésus rassurant qui vous descend dans le gosier en culottes de velours. J’avais les larmes aux yeux tellement ce truc est fort comme le diable.

6. Aller prendre son petit déjeuner

C’est avec le nez rouge écarlate et la certitude qu’il avait triplé de volume, l’œil dévitalisé cerné de la couleur de mon matin blanc, le teint empruntant ses plus belles nuances à un camaïeu jaune-vert crapaud moribond que j’ai tenté une sortie de mes apparentements inondés et saccagés… Avant de comprendre que tel Spiderman je devais sans complexe marcher sur les murs, je me suis ridiculisé en essayant de ramper, marcher à quatre pattes et descendre les escaliers sur les fesses. Ma surprise fut de taille quand j’ai poussé la porte du mess et ai réalisé que l’état de ma cabine n’était rien à côté du carnage qui régnait là. On se serait cru à une partie géante de un, deux, trois soleil ! Une bonne centaine de participants motivés : chaises, couverts, yaourts, pain, pots de miel, mayonnaise et confiture. Le tout rythmé par la porte du réfrigérateur qui battait avec entrain la mesure de la chute des mugs et tasses à café du grand buffet. Je retrouvais John abrité sous la table et qui attendait une accalmie pour tenter une sortie.

7. La septième erreur, il est encore trop tôt pour en parler ;-)

DEVAIENT SUIVRE :

LE JOUR OÙ JE N’AI PAS QUITTÉ ANVERS
LE JOUR OÙ LE VERT DE L’EAU EST DEVENU BLEU
LE JOUR DE LA SALADE DE FRUIT AU MAÏS ET AU LAIT
LE JOUR DE LA TORTUE
LE JOUR OÙ JE SUIS ARRIVÉ EN AMERIQUE
LE JOUR DU CONCERT DE CHARLOTTE
LA NUIT DES POISSONS VOLANTS
LE JOUR OÙ J’AI TRAVERSÉ LE MIROIR
LE JOUR OÙ J’AI PERDU MON OMBRE
LE JOUR DU JOUR PERDU
LE JOUR DU RAYON VERT
LE JOUR OÙ NOUS ÉTIONS PLUS QUE DEUX
LE JOUR OÙ J’AI CRIÉ TERRE

I THINK I’M GOING TO VOMIT (PART TWO)

Mardi, janvier 6th, 2009

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « …Quand j’ai entendu que le haut-parleur grésillait quelque chose dans le couloir, je me suis alors précipité hors de ma cabine et je n’ai eu que le temps de capter « quiet windy », « tomorrow morning » and « no go on deck quelque chose ». Je me suis dit ok no problemo encore une petite perturbation… So what ? I crossed the Atlantic ocean man ! »

Vers 0400 un bruit d’assiettes jetées contre les murs me réveille en sursaut. Je n’ai pas le temps d’ouvrir tous mes yeux que je suis violement projeté moi aussi contre le mur. C’est là que la soupe de veau bouilli de la veille (spécialité de notre cuisinier Stephan) commence a gargouiller dangereusement, de manière volcanique pas très catholique, dans un endroit de mon corps trop haut pour ne pas s’inquiéter gravement. La suite ne fut qu’une succession d’erreurs fatales.

1. Se lever

Impossible de tenir debout continuellement attiré, aspiré ou propulsé dans la direction opposée à celle que je voulais prendre. J’échoue finalement sur le canapé qui, bizarrement, me semble bien vide contrairement au souvenir que j’en avais. Mais le problème n’est pas là. Il me faudra environ dix bonnes longues et interminables minutes pour atteindre la salle de bain, à pourtant un mètre seulement de mon lit. Le lendemain (car contre toute attente j’ai survécu), je n’étais plus qu’un hématome géant.

2. Allumer la lumière

Toujours accroché à mon canapé vide, comme un bulot à son rocher, je me souvins m’être dit la veille que ce serait drôlement bien de ranger un peu mes affaires pour qu’on puisse s’asseoir ici… Je tends la main jusqu’à mon bureau qui – ça devenait vraiment inquiétant – était tout aussi désert… La lampe, l’ordi, les bouquins avaient disparu. Tout d’un coup un bruit sourd résonna dans tout le rafiot – si nous avions percuté un iceberg comme dans un film bien connu de tous je pense que ça n’aurait pas fait beaucoup plus de bruit - et je suis projeté à l’autre bout de ma cabine (il faut dire aussi qu’elle n’est pas hyper hyper grande non plus) dans une cacophonie d’objets tombant et se brisant dans les cabines voisines. Une fois l’interrupteur retrouvé… Je ne pus étouffer qu’un cri d’effroi : « GRAND DIEU J’AI ÉTÉ CAMBRILOLÉ ! ». J’ai fait un bon de 10 m devant l’horreur du spectacle, absolument toutes mes affaires étaient par terre. Les tiroirs et l’armoire vidés. Les tableaux africains décrochés ou en passe de l’être.

3. Déblayer et commencer à ranger

L’idée la plus débile que j’ai eue fut certainement de vouloir commencer à ranger. Sisiph ou les danaïdes ne s’y seraient pas pris autrement. Dès que je posais quelque chose sur la table ou le canapé ça retombait aussitôt. J’ai bien couru cinq bonnes minutes après mon sac qui entamait sans faire attention à moi et avec un bruit de planche à roulettes rouillées son troisième kilomètre de longueurs de cabine. Cependant, à tout malheur quelque chose est bon. J’ai retrouvé mon adaptateur que je cherchais depuis le début du voyage et mon t-shirt Scout spirit que je pensais avoir laissé à Chartres. Je passe le moment où j’ai failli trouver la mort, assommé par les 984 pages du guide Australie de Lonely Planet et une demi douzaine de folio contondants.

TO BE CONTINUED

I THINK I’M GOING TO VOMIT (PART ONE)

Lundi, janvier 5th, 2009

Carbone 14 : 25-09-08
TUBE DE BIAFINIE : 80 %
Dompéridone : 6
Distance parcourue approximativement cumulée : 6923,619 km
Niveau d’anglais : survivor english
ITFEC : non communiqué
Musique : http://www.deezer.com/track/202683
Ancien titre : Le jour où j’ai été malade 

Plus jamais je ne me vanterai de ne pas avoir été malade. Quelques heures après avoir quitté Philadelphia, le haut-parleur du niveau C (mon niveau, celui des vainqueurs) a retenti pour annoncer le pire. Comme d’habitude quand l’officier non encore identifié (Carmelo ?) prend son micro et commence à dire avec son accent de baryton russo-corréen « Je ne sais pas trop quoi to passengers, bla bla bla to passengers… » c’est la panique dans ma cabine : outre le fait d’être dur du feuillage, je ne comprends que très rarement de quoi il est réellement question à part le fait que ça me concerne en tout et que ce serait bien de comprendre. Ce qui est rageant c’est que j’ai tendance à comprendre les messages qui ne me sont pas destinés. Bref, généralement ce genre d’annonce a lieu à 1730 (les marins donnent l’heure comme ça) pour nous prier de bien vouloir retarder nos montres d’une heure. Le premier jour, bien entendu, j’étais sur le pont à essayer de voir des bêtes lors de l’annonce (c’est mon occupation favorite depuis que j’ai embarqué et je commence à avoir un bestiaire de folie). Le lendemain matin, je suis donc arrivé comme une fleur au mess des officiers avec une heure d’avance. Il n’y a pas à dire, je les fais tous bien rire… Comme si mon accent d’alien le huitième passager en anglais ne suffisait pas ! Désormais à 1730 j’ai rendez-vous avec mon message du changement d’heure que je suis fier de comprendre à 75 % à force de l’entendre… Les soirs sans, je sens bien qu’il manque quelque chose à ma journée. Malheureusement, là, il était bien 2230 et comme je voulais chasser l’odeur bizarre de rat frit que j’ai depuis quelques jours dans ma cabine chaque soir entre 2130 et 2245, j’ai eu la brillante idée d’ouvrir mon hublot, qui, je ne m’en rendais pas compte jusqu’alors, isole de manière remarquable du bruit extérieur du moteur et du vent. Une fois ouvert on se serait dit au cœur de la salle des machines. L’odeur de rat pourri en plus ! Quand j’ai entendu que le haut-parleur grésillait quelque chose dans le couloir, je me suis alors précipité hors de ma cabine et je n’ai eu que le temps de capter « quiet windy », « tomorrow morning » and « no go on deck quelque chose ». Je me suis dit ok no problemo encore une petite perturbation…

So what ? I crossed the Atlantic ocean man !

TO BE CONTINUED

L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART SEVEN)

Vendredi, décembre 19th, 2008

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « L’œil était dans le sac et regardait Nicolas qui regardait l’immigration qui regardait Nicolas qui regardait ses pieds que regardait les douanes qui regardaient dans le sac que regardait le capitaine et tout l’équipage !»

Le sol se dérobait sous mes pas. J’hésitais entre tout nier en bloc de foie gras, jouer le pain surprise ou crier au coup monté de toute pièce de théâtre et de prestidigitation et hop voilà un lapin ! Un mug ! Ou bien tout avouer dans un dépouillement d’humanité tout simplement magnifique :-) La fouille n’en finissait pas et pour rendre les choses plus insupportables encore, j’avais trois bagages. Le mug était dans le dernier. J’aurais dû savourer ce moment. C’était une fouille méthodique et spectaculaire comme on en voit peu dans une vie. Mais sans chiens. Ça aurait été le pompon avec des chiens dressés à renifler des mugs volés. J’ai cru être sauvé un instant quand John qui partait le lendemain réalisa qu’il avait des cartons avec des affaires de sa fille qu’il fallait sans doute montrer aux autorités maintenant et non pas à la barrière du port les mains en l’air… Mais non, imperturbable l’officier des douanes continuait l’exploration de mon sac avec des questions plus ou moins en rapport avec le sujet. Il était focalisé sur mes côtés frutivor si j’aimais les fraises avec les kiwis et si des fois je n’avais pas des nefles et des groseilles dans mes poches. Il me demanda également si j’avais les pieds propres. Quand nous arrivèrent au moment le plus redouté, j’ai cru que le capitaine allait partir… Mais non :-( fausse alerte ! Il s’approcha de la table encore plus pour signer des papiers. Ce qui lui offrait la meilleure des places qui existe pour contempler les profondeurs de mes sacs. L’étau se refermait. J’étais moins qu’un rat moribund. Je crois que mon état nerveux intriguait les gars de l’immigration qui pour le coup commencèrent à me parler de drogues, d’alcool, de graines, de terre ou de je ne sais pas trop quoi… Là dessus, Del semblait tout ému que je parte. Il voulait qu’on se reprenne en photo ! Comme si c’était le moment… Puis tous les membres de l’équipage à qui j’avais déjà dit au revoir dix fois depuis le début de la journée, en me voyant suer à grosses goutes et manifestement nerveusement atteint semblaient vouloir me prendre dans leurs bras et qu’on se redise tous au revoir encore plein de fois (sans doute pour se moquer aussi une dernière fois de mon accent de cow boy de l’espace). C’est fou comme c’est sentimental un marin ! Mais bon j’avais autre chose à faire moi monsieur, je devais la jouer James Moriarty.

Mon gros sac bleu avait les tripes à l’air sur la table des operations. On venait d’ouvrir la fermeture éclair. J’eus droit à un commentaire de l’assistance du genre « mais c’est plein comme un œuf là-dedans ». Et le regard faussement contrit de l’immigration qui disait, « je suis désolé, mon petit bonhomme, c’est bien rangé mais je vais devoir tout foutre en l’air et il va falloir tout recommencer ». Après un retrournement à 180° et roulement de tambour sous les aisselles, l’agent commença un touché frontal que je trouvais très ambitieux. Evidement il ne put aller bien loin car j’avais bâti un mur-sarcophage high-tech de bouquins dont j’étais hyper fier. Il contourna le problème avec une palpation latérale très impressionnante mais sans meilleur résultat. Alors il m’adressa un second petit sourire hypocrite qui disait « Je vais devoir tout péter mon petit gars »…

Après avoir enlevé la première strate il remit les mains dans le cambouis avec délectation. Si l’heure n’avait pas été aussi grave je l’aurais bien aidé avec des c’est chaud, c’est froid… Sans ça, il arriva près du but. J’apercevais ma serviette de bain rouge orange IKEA dans laquelle j’avais emmitouflé mon mug qui s’il était comme je l’avais laissé se trouvait emmailloté tel le petit Jésus dans la crèche et sous le sapin pour pas qu’il casse. Et là, le voilà qu’il pousse un petit cri de dégoût ! Pas le petit Jésus ! Le type de l’immigration. Je me suis dit bah voilà, le mug l’a mordu c’est tout ce qu’il mérite, bien fait. Ou bien on est arrivé en Australie et c’est une araignée qui est rentrée dans mon sac et… Mais ce n’était pas ça. Ma serviette était encore humide, voire mouillée et apparemment, le monsieur de l’immigration n’a pas trouvé le contact très agréable.

Il me dit alors que c’était ok en regardant autour de lui pour voir s’il ne pouvait pas se laver les mains ou quelque chose comme ça. Comme si ma serviette de bain était la dernière des serpillières et comme si j’avais la galle. Il commençait à me plaire celui-là ! Mais quand il me dit que c’était fini que je pouvais remballer et que j’avais le droit à mes autocollants QUARATINE PASSED, je lui aurais bien sauté au cou. Conseil aux voleurs, trafiquants, revendeurs en tout genre : une bonne vieille serviette mouillée qui sent la mort et le tour est joué… Tout alla très très vite après, et je me souviens plus très bien mes faits et gestes… J’ai failli faire la bise à Andreï… Et je n’arrivais pas à réaliser que c’était fini. Sur le plancher des vaches, dans la voiture qui m’emmenait du Cap Cleveland à la barrière de sécurité du Port où m’attendaient Francine et David endormis dans leur voiture, l’autoradio jouait la même chanson que dans le taxi à Sydney : Lady Gaga qui à jamais me fera penser à l’Australie. Le générique de fin à la DPDH pouvait vraiment commencer avec cette musique (le mot de musique est peut-être exagéré pour ce tube de Lady Gaga. Puis s’appeler Lady Gaga il ne faut pas avoir peur non plus). Mais j’avais un tout autre air dans la tête et dans le coeur : http://www.deezer.com/track/540442 ;-)

ENFIN

P.S. : Je vous donne des nouvelles fraîches lundi ou mardi !

L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART 6,5)

Jeudi, décembre 18th, 2008

Je fais durer le suspense avec cette photo que j’aime bien…

…et les photos de l’arrivée à Melbourne sont normalement par-là : http://www.facebook.com/album.php?aid=46099&l=7ba02&id=705811481

L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART SIX)

Mercredi, décembre 17th, 2008

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « À quelques heures de quitter le navire… Il me fallait une preuve matérielle, un forfait totémique de mon voyage initiatique. Dernier plan sur ma main qui va s’emparer du mugg. Black out. Voix off :  Je le vole, je ne le vole pas ? »

L’affaire était dans le sac. Je pense alors à tous ceux qui un jour ont placé plein de confiance en moi et j’ai le cœur un peu gros en pensant à eux… J’imagine par exemple l’équipe de l’Atelier qui si elle me lit doit se demander ce que j’ai bien pu emporter comme preuve matérielle affective de mon passage ;-) Mais le destin allait les venger et s’occuper de mon cas.

Nous arrivèrent à bon port autour de 2030… Dans l’enthousiasme de revoir Francine et David avec qui nous communiquions depuis le matin par SMS et rapports de situation du Cap Cleveland réguliers, j’en oubliais presque mon affreux forfait. Quand remontant du pont inférieur où je venais de déposer mes bagages aidé de Del et John, je croise Andreï (le premier officier de deux mètres de haut qui n’aime pas les passagers). Il me demande alors où je vais là comme ça.

La bouche en cœur je bafouille que je descends ici à Melbourne et que mes amis m’attendent à l’entrée du port pour un week-end de folie sur The Great ocean road bla bla bla bla bla bla. Affligé par mon comportement de passager attardé il me dit « Et l’immigration ? ». À moi de répondre “Oh non non, pas la peine, je les ai vu à Sydney, très sympa d’ailleurs, ils m’ont dit que c’était ok pour descendre les mains dans le nez et les doigts dans les poches à Melbourne. Ils m’ont tamponné le carton, est-ce que tu veux voir ?” Encore plus atterré par mon inexpérience et par le fait que je réponde au lieu de filer, il fait signe à deux membres de l’équipage, qui malheureusement pour eux passaient par là, de remonter mes bagages en hau illico presto.

Puis, comme à un petit enfants qui veut aller se baigner alors qu’il sort de table, il m’explique que je vais devoir attendre un petit peu et que personne ne sort d’ici sans avoir revu l’immigration… Kapitche le François ? Ok, ok, cool, je ne suis plus à une minute de plus maintenant… Qu’est-ce que quelques petites secondes de rien du tout face à six semaines en mer ? J’allais envoyer un dernier rapport à Francine et David qui devaient ne plus en pouvoir de m’attendre quand la tournure que prenaient les choses ne me dit rien qui vaille. Ce n’est pas l’immigration qui arrivait mais les douanes !!! Pas d’inquiétude, à chaque fois ils font un petit tour et puis s’en vont… Rien de grave…

Sauf que là, horreur-malheur-et-panique-totale-à-bord ils étaient en train de demander au commandant de rapatrier les bagages de toute personne voulant descendre (c’est à dire moi) pour une fouille complète. C’est à ce moment là que j’ai du avoir un comportement suspect en me tortillant de droite à gauche, rouge comme un poivron vert suant à grosses goûtes et faisant des « Oh non merci, ce n’est pas la peine, c’est vraiment très gentil à vous… Bon bah ce n’est pas le tout, moi j’ai des choses à faire, je vais vous laisser». Je n’avais pas encore fini de faire le guignol que mes bagages étaient au centre de la pièce avec au-dessus le commandant et tout l’équipage qui eux attendaient (quelle chance) pour l’immigration.

Inutile de vous dire que je me voyais déjà en prison, jugé par un tribunal maritime et donné en pâture aux requins. Mais avant toute chose je devais subir l’humiliation suprême de passer pour un v o l e u r devant tout l’équipage pour qui j’avais tant d’estime. Je réfléchissais à 1000000 km heure pour trouver un moyen de faire diversion : éteindre la lumière, enclencher la sirène d’alarme, crier Au feu, Au loup, Aline pour qu’elle revienne ! Faire une chorégraphie, un strip-tease, des claquettes, l’ornithorynque, construire une cathédrale en allumettes, tomber dans les pommes, mais Mon Dieu Non Par Pitié Faites Quelque Chose !

Mais l’œil était dans le sac et regardait Nicolas qui regardait l’immigration qui regardait Nicolas qui regardait ses pieds que regardait les douanes qui regardaient dans le sac que regardait le capitaine et tout l’équipage !

TO BE CONTINUED !