Archive for the ‘PENDANT CE TEMPS SUR CAP CLEVELAND…’ Category

L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART FIVE)

Mardi, décembre 16th, 2008

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « …à quelques heures de quitter le navire… Il me fallait une preuve matérielle, un forfait totémique de mon voyage initiatique. Dernier plan sur ma main qui va s’emparer du mugg. Black out. Autant dire tout de suite que je n’étais pas, mais alors pas du tout, l’homme de la situation. Aucune expérience. Un novice complet… C’en était même affligeant ! Quelle honte, 30 ans et pas un cambriolage, pas un hold-up, pas de fusillade qui ait mal tournée… »

Le fait de ne jamais rien avoir volé ou presque ne constituait pas en soi et pour autant une raison suffisante. Je devais trouver autre chose, une justification plus philosophique de mon acte. Comme je suis multitâches et pas monomaniaque pour deux sous, je décidais de ne pas prendre de décisions trop décisionnelles et décidantes tout de suite et d’aller voir sur le pont où on en était… Parce que oui, si on ne part pas, on n’arrive pas et si on n’arrive pas on n’a pas besoin de voler un mug. Merde, on était parti !

Et vu comment c’est parti, demain, 1600, je suis le plus grand bandit de tous les temps.

Je passe le jour. Je passe la nuit. Je garde pour moi mon dernier couché de soleil à bord, et l’arrivée en fin de matinée dans la baie de Melbourne. Un mirage dans un désert des Tartares peint par Turner ! J’arrive à 1600, j’ai le temps de raconter des c… et de me la jouer powête. J’avais le temps aussi de trouver des explications plus consistantes à mon acte pré-prémédité. Et là, je dois dire que j’étais plutôt inspiré :

ARGUMENTS PSYCHOLOGIQUES

  • Coup classique de la crise de la trentaine. Pas besoin de faire un dessin ou de trop sortir les violons : ce type quitte son boulot, ses amis, sa famille, tout, pour aller voir au bout du monde si il y est.
  • Matérialisme investissemental compulsif. Celui dont je parlais plus haut, ou plus bas (ceci est un blog Nicolas). Jean-Baptiste pourra témoigner et il parle bien.

ARGUMENTS SOCIOLOGIQUES

  • Rite de passage évident. Passage du 9 plein de 29 au 0 vide de 30, de la mer pure à la terre corrompue, d’un hémisphère à l’autre… Génération sacrifiée par l’absence de service militaire ou d’épreuves plus spartiates que le Bac…
  • Déconnexion sociale trop longue et trop violente. Relâchement trop soudain de la pression du groupe et des lois de la tribu… Six semaines en bateaux sans téléphone, sans Internet, sans minitel, ça vous désocialise une fourmi champignonniste et attachée de presse ou une abeille responsable RP en moins de temps qu’il faut pour le dire.

ARGUMENT JURIDIQUE

  • Ce n’est pas tout à fait un argument juridique et je sais que nul n’est censé ignorer la Loi mais à quel Droit est soumis et doit se vouer un petit passager de cargo perdu dans les eaux internationales ?

ARGUMENTS PHILOSOPHIQUES

  • Ce n’est pas moaaa qui ai commencé ! St Augustin aussi il a volé ! et il s’en vante en plus dans Les Confessions…
  • Kant… Alors Kant… Pour le faire rapidement avec Kant et la loi morale en moi, il ne faut pas faire à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse… Or pas de problème ! Moi j’adorrrerais offrir des mugs à tout le monde. Je suis pour la libre circulations des mugs et des idées !!!

ARGUMENT RELIGIEUX ET PASTORAL

  • Y a-t-il plus merveilleux totem et tabou qu’un mug volé. Dans ce siècle qui ne croit plus à rien même plus en l’argent, pourquoi ne pas tous se réunir autour d’un mug sacré Thomas Schulte qui a fait trois mille fois le tour du monde…

ARGUMENTS MÉDICAUX

  • Une étude récente montre que les gens qui sont nés dans l’hémisphère nord ont quels problèmes d’adaptation momentanés lorsqu’ils arrivent dans l’hémisphère sud où se retrouvant la tête en bas, l’afflux trop important de sang dans le cerveau peut encourager quelques actions inconsidérées qu’ils ne commenteraient jamais à l’état normal.
  • Le surmenage nerveux (oui parfaitement et je pèse mes mots !) et les conditions stressantes quant à l’incertitude de l’heure et de la date d’arrivée. Oui parce que je me focalise sur le mug là, mais l’essentiel n’est pas là. Arrivant devant Melbourne à 1400, le cargo coupe soudain le moteur et jette l’ancre. On attend une autorisation de rentrer dans le port qui ne vient pas ou je ne sais pas trop quoi. Et pas plus d’informations comme d’habitude… Je n’arriverai à Melbourne qu’à 2200.

ARGUMENTS ÉCONOMIQUES

  • Au prix du billet !
  • L’absence de service qualité client et de boutique “Souvenirs”
  • Avec la crise on ferait bien de s’entraîner à d’autres formes de commerce comme le troc ou autre.
  • Avec la crise toujours, le cours du mug n’est pas beau à voir.

ARGUMENTS FICTION, RÉALITÉ, INTERNET ET LIBERTÉS

  • Ça fait des choses à raconter dans son blog.
  • Dans ce voyage si irréel (on y reviendra un autre jour) il fallait un objet matériel auquel se raccrocher. Une preuve que ce n’était pas un rêve et que j’avais fait ce que j’avais fait.
  • …En même temps, ce n’est qu’un blog ! Peut-être que je ne l’ai pas volé ce mug, que je ne suis pas parti d’Anvers, il n’y avait pas de cargo et que je ne suis pas. Il faut que je fasse attention à ne pas devenir bouddhiste moi, des fois ;-)
Note pour plus tard : montrer qu’il est plus facile de prouver philosophiquement son existence que celle d’un kangourou ! TO BE CONTINUED !

L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART THREE)

Jeudi, décembre 11th, 2008

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « C’est là que m’apparut l’objet du délit, le corps du crime, le saint Graal réinventé : un mug frappé du drapeau de la compagnie, de l’emblème du cargo, et qui comme le verre de lait de je ne sais plus trop quel film de Hitchcock rayonnait soudain et m’appelait de sa voix suave: Niiicooolaaas, Niiicooolaaas, Niiicooolaaas (ça me rappelle une histoire que mon cousin m’a raconté la première fois que j’ai campé mais la voix elle disait Geeeooorrrgggeees, mais c’est une autre histoire sans aucun rapport). A cet instant du récit, tous les mugs, bols, tasses de ma vie défilèrent devant moi et dans un ordre et une logique implacable. Je me retrouvais tel Aladin et la lampe magique ou Darwin découvrant le concept d’évolution. »

Ce mug représentait l’aboutissement de tout un travail souterrain, le maillon manquant de mon histoire en route, la réalisation de toute une vie de 30 ans. Dans ma préhistoire, toute personnelle mais universellement partagée ici, il y a au commencement la traditionnelle timbale d’argent de mon baptême à la Alain Souchon. Mais au plus loin où ma mémoire peut descendre je ne vois que cette assiette pour bébé toute bête avec un pingouin (détail important, car le pingouin va revenir plus tard) qui je crois s’appelait Nestor (tout se recoupe Lérig !). Ingénieuse en diable, cette assiette pouvait garder les aliments au chaud avec un système de réservoir que si c’était Leonardo qui l’avait inventé ça ne m’étonnerait point trop (j’arrête les private jokes !). Après réflexion je me demande si cette assiette n’était pas plutôt à un de mes petits frères en fait… Bref, juste après dans cette chaîne passionnante de récipients il y a le bol breton avec mon prénom dessus et des bigoudins dedans. Si je me souviens bien l’oreille droite était ébréchée. Une fêlure superficielle balafrait un des gars en deux. C’était ma période héroïque du café au lait au petit déjeuner, avec le beurre des tartines qui se répandait en nappe épaisse comme le pétrole à la surface des eaux arc-en-ciel du port de Balboa bidou bidou bidou woua. C’est beau d’être en pleine croissance !

Quant à nous, mon adolescence et moi, nous attendions qu’acné se passe au-dessus d’un bol à céréales blanc comme les murs dans lesquels nous avions envie de nous fondre. L’œil blasé, nous le remplissions chaque matin d’un demi-litre de lait glacial pour mieux voir périr dans des petits cris et un bain de sang chocolat des grains de riz soufflés consentants. Comme des lemmings ils se noyaient avec une résignation et une acceptation à foutre des baffes. C’était la grande époque où j’aimais bien faire brûler, fondre et roussir des choses ; seul ou accompagné. Si je me souviens bien, j’avais envie de porter un casque de moto intégral toute la journée mais pas sur mon Evolis MBK. Je rêvais de champignon atomique sur l’IND et j’avais une liste de 30 personnes à faire s’écraser en avion. Je cherchais un moyen à me faire aimer de Violaine, sans avoir à lui parler, sans avoir à la regarder et en étant plus qu’invisible et moins qu’existant (on comprend très bien en faisant des patates, si j’ai le temps je vous expliquerez ma stratégie géniale un de ces quatre). Sinon j’occupais aussi tout mon temps libre à trouver, devant ma master system puis ma mega drive, des moyens pour sécher l’Allemand et rater le bus le jeudi matin (où j’avais comme par hasard deux heures d’Allemand)…

Le lycée ne peut se résumer qu’à un seul verre …de jus d’orange en vitesse le matin avant de chevaucher mon scooter de petit merdeux pourri gâté qui se la pétait déjà RP. C’était no stress, just strass, un café à La Buvette et une pinte aux Diables rouges avant ou après les soirées Bible dans le groupe d’à côté celui de Violaine. Age d’or et insouciant de courte durée qui s’achève avec la tasse Bodum que j’ai cassée chez Jérémie après un après midi à comploter. La série Gossip gril c’est vraiment du pipi de chat à côté de ce qu’était l’Institution et une après-midi avec Mephistopathologicospsychopato Jérémie. Mais il faut croire que j’y trouvais mon compte.

Après une série de globets en plastiques et de couloirs blancs, il y eut l’ère géologique tourangelle où aucun article de mon service ménager estudiantin n’était assorti. Dans l’évier, en puissance d’être lavée, La tasse en porcelaine fine de Limoge côtoyait le mug promotionnel Volvo et trempait dans le mug orange citrouille d’Halloween le plus moche de la création. Jusqu’à ce qu’on m’offre des mugs et des bols à céréales Habitat… Et oui l’embourgeoisement des étudiants après la Licence on n’en parle jamais assez. C’est d’ailleurs de cette série que provenait mon mug du boulot… qui s’est cassé lors du déménagement à Ivry, sans doute trop choqué d’avoir à traverser le périph. Je vais passer le mug de la jungle de chez La Chaise longue et le mug Penguin (cadeau de Francine) qui n’a pas résisté plus d’une journée à l’Atelier. C’était la célèbre période de mes problèmes psychomoteurs où je cassais tout ce qui me passait entre les doigts pour ceux qui se souviennent. Et peut-être devrais-je garder tout ça pour une psychanalyse et revenir à nos moutons. Ce n’est pas facile d’établir la généalogie d’un crime, d’écrire dans un blog (mais ça doit être pire d’être astrophysicien) et de trouver des justifications à la folie. Mieux… à la tentation !

Et hop ! Il était dans ma chambre… En même temps, rien d’extraordinaire à ça. Depuis 6 semaines, chaque matin je remontais du petit-déj avec mon mug de thé chaud-bouillant et le redescendais ensuite à midi, le soir, le lendemain matin ou une semaine après. Et le problème de savoir si je pouvais l’emprunter, ou oublier de le ramener, ou le faire tomber sans m’en rendre compte dans mes bagages, et le découvrir avec le plus grand des étonnements quand j’aurais défait mes valises à Melbourne ne s’était absolument jamais posé ! En revanche à quelques heures de quitter le navire… Il me fallait une preuve matérielle, un forfait totémique de mon voyage initiatique. Dernier plan sur ma main qui va s’emparer du mugg. Black out. Voix off :  Je le vole, je ne le vole pas, je le vole, je ne le vole pas, bon allez je le vole, non je peux pas, ok c’est toi qui raccroche, non c’est toi, non c’est toi, c’est toi ! c’est décidé je le vole, non je peux vraiment pas… Come on ! Biiip… Biiip… Biiiip… Générique ! Ahhh DPDH me manque des fois ;-)

TO BE CONTINUED !

L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART TWO)

Mercredi, décembre 10th, 2008

PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « J’errerais comme une âme en peine dans les couloirs du bateau pour vérifier que je n’avais pas oublié de photographier un millimètre carré quelque part… Quand je ne sais plus trop pourquoi, avec l’à-propos d’un oursin ou d’une sole meunière, je me suis dit (ou est-ce mon Carolus miniature qui me l’a soufflé du haut de mon épaule gauche) que ce serait bigrement chouette de ramener un souvenir.»

Je vois déjà le visage de Jean-Baptiste s’éclairer à la lecture de ces phrases. Lui qui avait très tôt diagnostiqué chez moi un matérialisme investissemental maladif, s’était étonné de l’usage que je faisais jadis d’un album photo mural Habitat en pastique transparent. Comme un serial killer fou de coléoptères et de formole, j’y épinglais, dans les cases déjà remplies de souvenirs et d’objets, tous mes amis et autres. Après un débat animé sur le matérialisme sentimental à ma manière et la transcendance de l’apparition subjective des choses dans ma cuisine, que pour des besoins pédagogiques embrouillants nous rattacherons à la catégorie des participations phénoménologiques mongissiennes, j’en vins à la conclusion que j’avais encore du boulot dans mes imitations de mon maître Sophie Calle. Le plus drôle c’est que j’ai fait un tour il y a quelques jours à la NGV et je suis tombé sur l’œuvre d’un artiste qui avait voulu à peu près faire la même chose que moi avec un voile d’ignorance en soie par-dessus. On ne peut pas penser à tout non plus ! Et si j’avais mis un drap sur mon patchwork amical on m’aurait enfermé à coup sûr. Bref, embarqué dans des considérations similaires je ne me rendis pas tout de suite compte que j’étais arrivé au niveau de la salle des machines. L’idée de rapporter un écrou, un boulon ou une clé de 12 me passa bien évidemment par la tête. Et celle de couler le navire dans un choix malheureux, aussitôt après. Jugeant l’entreprise trop dangereuse en tout point de sa réalisation et n’ayant pas trop envie d’essayer pour de vrai ma combinaison de survie qui me faisant tant rire pendant les exercices, je classai bien vite cette idée dans le caisson « Arrête Nicolas t’es complètement débile » et continuait mon chemin… Je tiens à préciser qu’après six semaines en mer on a pas mal tendance à se parler tout seul à soi-même. Pire qu’à L’Atelier ;-)

L’égosillement des petits chanteurs à la croix de bois un 24 décembre à Poughkeepsie (enregistrement pirate) m’avertit que j’arrivais aux cambuses. Comme toujours quand je n’ai rien à faire de mes dix doigts, mon estomac me proposa d’aller faire une descente dans le frigo. Là, John qui en fin de compte avait l’air d’errer autant que moi, me proposa a cup of tea et de descendre le nouveau pot de Nutella pour s’occuper. C’est là que m’apparut l’objet du délit, le corps du crime, le saint Graal réinventé : un mug frappé du drapeau de la compagnie, de l’emblème du cargo, et qui comme le verre de lait de je ne sais plus trop quel film de Hitchcock rayonnait soudain et m’appelait de sa voix suave: Niiicooolaaas, Niiicooolaaas, Niiicooolaaas (ça me rappelle une histoire que mon cousin m’a raconté la première fois que j’ai campé mais la voix elle disait Geeeooorrrgggeees, mais c’est une autre histoire sans aucun rapport). A cet instant du récit, tous les mugs, bols, tasses de ma vie défilèrent devant moi et dans un ordre et une logique implacable. Je me retrouvais tel Aladin et la lampe magique ou Darwin découvrant le concept d’évolution.

TO BE CONTINUED !

P.S. : Ça y est je suis au bout du monde ! Je suis arrivé à Perth hier ;-)

L’IMMIGRATION SONNE TOUJOURS 2 FOIS (PART ONE)

Dimanche, décembre 7th, 2008

C14 : 25-10-08
BIAFINIE : 0 %
Dompéridone : 0
Nombre de bières restantes : 16
DCAP: 16.614,359 km
Anglais : Ne pas se décourager. Efforts à poursuivre. Très bon accent russo-philippin
Wall street english : un aller simple Anvers-Melbourne via Panama en cargo allemand / 4500 €
Indice toiletologique FRANCINE - ELLE - COSMOPOLITAIN : RÀS
Drugs: Lipton yellow
Réunion titres :
- L’irréparable vase de Soisson
- Cleptomanie du dimanche, bonjour !
- Ice crime dans une mer d’oisiveté bouillante 
Moralité : Bien mal acquis profite trop souvent.
Ipod mental : http://www.deezer.com/track/2454
Google maps : Port Botany / Sydney

Le bruit courrait enfin que l’arrivée à Melbourne était prévue mercredi soir. John avait eu le courage d’aller demander à Andreï, le premier officier de deux mètres de haut crâne rasé qui n’aime pas les passagers. Avant d’envoyer John au charbon, on avait bien répété la question ensemble : « Quand serait-il éventuellement possible d’envisager peut-être un hypothétique départ de la sympathique mais grelottante Sydney-les-oies ? ». Or jeudi matin au réveil, quand j’ouvris une paupière pleine d’espoir et de caca d’œil (oui parce que, mais ça fera sans doute l’objet d’un article à part entière tellement le sujet et intéressant et riche en défis pour les sciences humaines, médicales et maritimes) nous étions toujours au Patrick terminal de Port Botany, condamnés à regarder la pluie tomber. Elle était droite comme les néons de la cage lumineuse de Radiohead qui joue Hail to the thief à Bercy. Consignés et secoués au port, nous attendions donc derrière nos hublots que pluie, neige et blizzard se passent. Je tournais en rond comme un poisson en bocal sous daphnés caféinées. Comme on ne pouvait pas retourner en ville pour cause de départ imminent (départ imminent qui fut reporté toutes les cinq minutes pendant quarante-huit heures) chacun tuait le temps, ou ce qu’il pouvait, à sa manière…

John semblait avoir opté pour une préparation studieuse et dialectique de ses affaires. Comme un petit scarabée aspirant à la valise parfaite et au grand véhicule du pliage origamique des chemises, il faisait et défaisait ses bagages avec une patience d’ange premier de la classe. Il ponctuait sa quête de lessives et de rites de repassage. C’est un cliché de penser que l’oisiveté est mère de tous les vices. Pourtant, de mon côté, j’étais plutôt attiré par le côté obscur de la force. Partant du postulat présomptueux que je pouvais faire mon paquetage en deux temps trois mouvements et un coup de cuillère à pot, et que je préférais mourir d’une mort longue et atroce que d’avoir à repasser quelque chose, j’errerais comme une âme en peine dans les couloirs du bateau pour vérifier que je n’avais pas oublié de photographier un millimètre carré quelque part… Quand je ne sais plus trop pourquoi, avec l’à-propos d’un oursin ou d’une sole meunière, je me suis dit (ou est-ce mon Carolus* miniature qui me l’a soufflé du haut de mon épaule gauche) que ce serait bigrement chouette de ramener un souvenir.

TO BE CONTINUED !

* : Surnom d’une amie très proche qui a eu une période cleptomane suédoise traumatisante pour son entourage et qui a voulu, un jour, dans un bar-restaurant de Madrid, me faire voler pour son compte un distributeur de serviettes en papier plus gros que moi et le plus moche du monde.