
La barre fatidique va être franchie ! On oublie tout ce que j’ai pu dire sur le réseau social le plus populaire et panoptique (je suis dans Foucault en ce moment) de la toile et de la servitude volontaire. Et surtout je retire mes petites remarques condescendantes et péremptoires sur les gens qui avaient des centaines d’amis ;-)
Outre le fait qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et que le bon sens est la chose la mieux partagée ou presque, la plate-forme communautaire grégaire s’est révélée l’outil le plus simple, le plus pratique et le moins imperialiste (à condition pour vous de savoir régler le bazar et la fréquence du transistor) pour donner de mes nouvelles bondissantes, pouvoir contacter tout le monde en deux temps trois mouvements, et partager plus ou moins ouvertement quelques photos floues et ratées de mon voyage sabbatique aux antipodes. Sans en faire l’apologie, dédiabolisons le un peu !
La révolution copernicienne du web, dite 2.0, appliquée à nos rapports aux autres n’est effectivement pas si terrible ! Elle ne les rend pas plus mauvais ni meilleurs. Plus symptôme que véritable cause de la mutation des relations humaines de ce début de siècle en crises, Facebook revêt simplement les atours de l’amitié et du carnet d’adresses tout court tels qu’ils sont en soi dans la réalité.
La liste serait longue à établir tant il y a d’espèces et de spécimens d’amis : amis boulets qui mon Dieu c’est quoi cette photo horrible !, Poto coûte que coûte même s’il ne sait pas envoyer un mail et qu’il m’écrit n’importe quoi n’importe où sur mon wall et me tag dans les photos où je suis le moins à mon avantage, amis d’amis, copain-copain, les connaissances ostentatoires ou démonstratives, les vieux amis-témoins et autres vétérans et vestiges des temps passés, les figurants du jeudi soir, les gens d’une soirée ou deux ou trois dont heureusement le nom est écrit à côté de la photo, ceux qu’on doit appeler, ceux qu’on ne veut surtout qu’ils nous appellent, les rescapés de l’oubli, les chasseurs-limiers-psychopathes qu’on n’a pas vu depuis la maternelle mais qui eux ne vous ont pas oublié et, merci Facebook, vous ont retrouvé pour le meilleur et le pire, la famille plus ou moins dénudée et déstructurée… Mais tous ne sont que prétextes à sa propre réflexion en eaux narcissiques, dans les vitrines et devant nos écrans. Il y aurait quelques parallèles à faire avec le miroir magique de la belle-mère de Blanche-Neige et Le portrait de Dorian Gray car il y a du petit meurtre entre amis à chaque nouvel ami accepté. C’est soi qu’on affiche en placardant un autre. Le moi ne s’oppose plus au non-moi mais l’amalgame, l’assimile et le digère… Les individus sont dividés et la soupe prête à servir.
À quelles fins cette grande absorption ? À quoi bon former des suites infinies de collections entomologiques d’amis épinglés et nourrir les archives du Consortium de falsification de l’amitié ;-) ? Bref, qui sera le n°100 ? Qui sera la prochaine victime des temps présents ? Harry, un ami qui vous veut du bien ? Vendredi ou la vie sauvage ? Un ami du passé ou un ami du futur ? Facebook au bout du monde, c’est l’espace retrouvé du temps perdu ou perdant.
Et hop, un billet de plus et du temps de gagné dans le récit en retard de mon C2C. Digression ou introduction - chercher s’il existe des études sociologiques sur la marche à pieds préméditée et commise à plusieurs. Une chose est sûre c’est qu’il n’y a de véritable amitié qu’éprouvée en réelle randonnée ;-p. C’est qui le roi du teasing ?