L’ESPRIT DE NOËL A ENCORE FRAPPÉ (PART TWO)
Mercredi, janvier 14th, 2009PREVIOUSLY ON AUSTRALIGATOR.COM : « Les incidents gastronomiques et culinaires qui sont l’objet de ce récit griffonné à la va-vite dans quelque seamen’s club sont survenus, progressivement, crescendo, comme dans les pires romans de Stephan King. Voir Misery la nuit dernière m’a inspiré et m’a aidé à trouver enfin les mots pour gribouiller quelque chose à mettre sur mon blog qui, je le sens bien, va lui aussi souffrir d’irrégularité et de baisses de qualité dans son alimentation. J’espère que ce post répondra à votre deuxième question la plus posée « Est-ce que tu manges bien ? »
Innocent, j’ai tout d’abord cru avoir le mal de mer. Mais j’étais loin de la réalité. Stephan nous rendait intestinalement digne de ces projets. Un voyage initiatique aux frontières gastriques du soutenable et de l’insoutenable. Après nous avoir bien nettoyé et récuré les entrailles avec une cuisine fondée exclusivement sur les brassicacées, poivrons et les oignons crus, les festivités purent commencer avec une salade de fruits durs comme la pierre et arrosée de lait tiède et de maïs glacé… rien que d’en parler j’ai l’estomac qui se rétracte comme une huître qu’on citronne avant de l’avaler. Je passe donc bien vite ce dessert fâcheux que j’avais mis, dans un déni évident, sur le compte de la fatigue ou de l’éloignement trop grand des côtés. Là où les choses se corsèrent c’est quand, sans qu’il ne sache quoi que ce soit de mes présomptions germaniques, Stéphan s’est mis à chanter à tue-tête et comme si de rien était - et surtout comme si nous n’étions pas en septembre mais en décembre - des chants de Noël croquignolets. Ces faits peuvent surprendre au début, mais je crois maintenant qu’il n’y a rien de plus remarquable et de redoutable pour tromper un adversaire. Entre les repas, il veillait à ce qu’un petit transistor au grésillement diabolique reste allumé et puisse diffuser dans la cuisine et les couloirs de tout le bateau la crème du chant de noël international. Impossible de passer près des fourneaux sans avoir en tête pour le reste de la journée un air de galerie de centre commercial un 24 décembre à 11h30. Au demeurant, la méthode est imparable pour dissuader quiconque étant pris d’une petite fringale passagère d’aller faire un tour dans le réfrigérateur.
Puis comme les sauterelles, ce fut l’invasion de cannelle. Ça a commencé logiquement et ni vu ni connu je t’embrouille dans les tartes ou tourtes aux pommes. Je le soupçonne d’en avoir ensuite saupoudré subrepticement quelques soupes pour qu’on s’habitue petit à petit au goût avant d’asperger à pleines volées veaux, vaches, cochons, poissons, légumes, sauces et purées. Mais ce n’est que quand il a commencé à m’appeler Santa Clause que j’ai réellement commencé à paniquer.
Oui parce que pour ceux qui ne le savent pas déjà je suis né un jour de Noël et mes parents n’ont rien trouvé de mieux que de m’appeler Nicolas comme le saint du même nom qui est l’équivalent de notre Père Noël dans l’Est de la France, la Suisse, l’Allemagne… Et comme si ce n’était pas assez, de mettre N O E L dans la case deuxième prénom. Il n’y a pas à dire, j’ai toujours beaucoup de succès dans l’administration et à la douane notamment. À Philadelphia j’ai cru que le type de l’immigration n’allait pas pouvoir sans remettre et que j’allais le tuer de rire… Ouf que non parce aux frontières d’un pays si accueillant c’est des coups à être condamné à la peine de mort direct. Bref, il est des fins plus douces. Stephan lui avait opté pour un empoissonnement thématique. Après Santa Clause, j’eu l’immense bonheur d’être appelé, en l’honneur de mon bronzage facial à brûlure nasale caractérisée, Rudolph, en référence au renne-elk-caribou de Noël à la truffe clignotante.
Et en plein cœur de la partie tropicale de notre voyage, où tout le monde crevait de chaud et transpirait à grosses gouttes rien qu’à respirer sans bouger ni penser, notre grand chef cuisinier fêtait la naissance du petit Jésus en grandes pompes et nous prépara un goulash digne d’un réveillon au Groenland… Le tout passé sous une pluie de cannelle en veux-tu en voilà ! Je passe l’étape suivante un cran plus loin encore dans le gore de l’adaptation de notre nutrition en fonction des contrées traversés : Ragoût de queues et de langues de bœuf sous l’équateur, Festival de foies d’animaux interdits en sauces non identifiées en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Pieds de porcs aux Comores…
TO BE CONTINUED
